Page:Revue des Deux Mondes - 1894 - tome 125.djvu/491

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dans les discussions politiques, est mise tout de suite par eux-mêmes de côté, aussitôt que les Chambres ont ouvert la discussion du budget. Il leur faut bien obtenir l’aide des radicaux et confondre leurs votes avec les leurs dans les urnes du scrutin ! Or les radicaux n’ont aucune notion de l’incidence naturelle des impôts. Les politiques purs, — les radicaux ne sont que des politiques purs, — croient en effet naïvement obtenir à coup sûr, pour les catégories de citoyens auxquelles ils s’intéressent, des dégrèvemens d’impôts par la simple promulgation d’une loi qui les en exempte. Les socialistes doivent donc voter les dégrèvemens que la loi des salaires rendra, suivant eux, inefficaces. Au fond ce n’est pas l’amélioration du sort des ouvriers par la réduction des impôts qu’ils poursuivent : cette considération est pour eux bien secondaire. Ils se soucient fort peu que les lois de dégrèvement soient ou ne soient pas efficaces. Leur unique objet est de créer des catégories d’exemptés au moyen des lois de finance, dans l’unique pensée de diviser la nation en classes. Le cadre pour eux vaut mieux que ce qu’il renferme.

Leur objectif est la destruction de la classe des capitalistes : ils poussent à la création d’impôts dont l’effet direct ou indirect pourrait, ou devrait aboutir à la suppression des capitaux anciennement accumulés, et à l’impossibilité d’en accumuler dans l’avenir par des efforts nouveaux.

Aussi les impôts qu’ils préconisent sont-ils nécessairement, d’abord, l’impôt progressif sur les capitaux possédés et sur les successions avec exemptions par grandes masses ou catégories, et ensuite l’impôt progressif sur les revenus de la classe des non-privilégiés, qui seule y serait assujettie par la loi. Il est bien entendu, car Fabius est toujours patient, que la progression serait d’abord établie sur des bases très modérées, qu’on commencerait par la gracieuse, comme disaient les Florentins, pour n’arriver que beaucoup plus tard à la déplaisante. Les cadres une fois formés, on aurait en effet tout le temps pour organiser à l’aise la liquidation générale des capitaux de l’ancienne société.

Les radicaux emboîtent le pas avec une remarquable ignorance de ces misérables choses économiques et disent amen à toutes les affirmations de la politique financière de leurs redoutables amis.

Il est clair en effet que c’est parce qu’ils n’ont aucune doctrine philosophique ou économique que les radicaux sont à la merci des socialistes, et ils s’abandonnent à eux parce qu’ils reconnaissent qu’ils ont trouvé leurs maîtres. Ils savent bien que, toute fausse que soit une théorie à prétentions philosophiques,