Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/105

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drames de l’histoire que de la peinture des mœurs et de la comédie de la vie. Le style d’un ouvrage étranger nous échappe encore davantage. Cependant, je ne crois pas me tromper en avançant que ceux de M. Perez Galdds sont surtout remarquables par la composition, par des qualités de plan, de méthode, et par la science du mouvement. Il appartient à l’école ironiste, qui ne laisse voir l’émotion de l’écrivain que par surprise et par hasard.

Dans la conversation que j’ai eue avec lui, M. Perez Galdds, avec une modestie charmante, m’a surtout parlé de M. de Pereda.

— C’est notre maître, m’a-t-il dit, un grand poète en prose, le plus classique à la fois et le plus novateur de nos écrivains. Je l’aime beaucoup, bien que nous ne pensions pas de même sur plusieurs points. Il a décrit, il a chanté ce pays de la Montana sous tous ses aspects. Et, remarquez-le, tout poète qu’il est, il observe scrupuleusement, il n’hésite pas à employer, dans le dialogue, le mot local, lui qui parle le plus pur castillan. Vous trouverez même dans Sotileza, — son chef-d’œuvre, à mon avis, — un vocabulaire de la langue de nos marins et pêcheurs de Santander. Lisez encore Escenas montañesas (Scènes de la Montaña), et la Puchera (le Pot-au-feu), autant de livres de premier ordre. Et voyez l’auteur, si vous le pouvez. Il habite, à quelques lieues d’ici, sa propriété de Polanco. C’est le plus aimable et le plus accueillant des hommes.

J’avais lu, justement, en tête d’un autre volume : El sabor de la Tierruca (la saveur du Terroir) — le dixième des œuvres complètes de M. de Pereda — un prologue de M. Péroz Galdos, qui fait le plus grand honneur à chacun des deux amis.

M. Pérez Galdos y raconte comment la lecture des scènes de la Montana lui donna l’envie de connaître ce pays de Santander, comment il y vint, y fut retenu, et s’y fixa.

« A la porte d’un hôtel, dit-il, je vis pour la première fois celui qui captivait ainsi mon esprit, dans l’ordre des goûts littéraires, et, depuis lors, notre amitié a été s’affirmant avec les années, et s’avivant, chose étrange, avec les discussions. Avant d’entrer en relations avec lui, j’avais entendu dire que Pereda était un ardent partisan de l’absolutisme, et je ne le pouvais croire. On avait beau m’assurer l’avoir vu à Madrid, dans les rangs des députés de la minorité carliste, une pareille idée me paraissait absurde, impossible ; elle ne m’entrait pas dans la tête, comme on dit. Quand je l’eus fréquenté, je fus convaincu de la funeste vérité. Lui-même, par ses furieuses attaques contre tout