Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/11

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Un ambassadeur anglais en Orient


J’ai la mémoire chargée de souvenirs qui, recueillis, peuvent être utilisés par les futurs historiens de notre temps. Je voudrais les réunir ou du moins fixer ceux qui me semblent dignes d’être retenus. Je n’ai pas le dessein de présenter un récit bien ordonné des faits dont j’ai été le témoin ou auxquels j’ai plus ou moins participé. J’entends me borner à évoquer des incidens qui, par leur nature ou leur importance, ont offert un véritable intérêt ou passionné l’opinion en Europe ; je m’en tiendrai aux premières années de ma vie publique. Nos facultés sont ainsi faites que les impressions qu’elles reçoivent y restent d’autant mieux gravées qu’elles sont plus anciennes ; j’en fais moi-même l’expérience ; j’ai bien plus présentes à l’esprit les circonstances qui m’ont frappé à l’origine de ma carrière que celles de la période postérieure.

J’ai souvenance notamment d’un diplomate de grande valeur, qui, à un certain moment, a rempli l’Orient de son nom et tenu, dans sa main, l’Empire ottoman, méconnaissant l’autorité du souverain auprès duquel il était accrédité, et quelquefois celle de son propre gouvernement.

Lord Stratford de Redcliffe possédait toutes les belles qualités de la race anglo-saxonne ; il en avait aussi les défauts ou les faiblesses : un profond sentiment, de la grandeur de son pays et un désir indomptable de le bien servir, — un immense orgueil, qui, en troublant sa conscience, a quelquefois égaré son esprit. De précieuses aptitudes, une constante application, unies à une longue expérience, l’avaient doté d’une puissance de pénétration