Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/16

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Valette était pénétré du sentiment que tout lui commandait d’employer ses soins à sortir honorablement de ces difficultés sans susciter de légitimes récriminations. Dans cette conviction, il transigea successivement sur la plupart des points mis en délibération, et il en vint à se contenter de concessions qui, sans être absolument vaines, ne portaient aucune atteinte à l’exercice du culte orthodoxe en Palestine. La Porte s’obligeait à rétablir, à Bethléem, une étoile de fabrication italienne, portant des inscriptions latines, qu’on avait nuitamment soustraite ; — les catholiques étaient autorisés à célébrer leurs offices, alternativement avec les Grecs, dans un sanctuaire dont ceux-ci s’étaient indûment emparés et qu’ils avaient fermé à nos coreligionnaires ; — nos religieux obtenaient quelques autres avantages de moindre importance, ayant surtout pour objet de prévenir de nouvelles usurpations. Le Patriarcat de Constantinople et tous ses adhérens, redoutant que ce mince résultat nous encourageât à en exiger de plus notables, proclamaient hautement que l’Église orthodoxe avait été, en cette circonstance, outrageusement sacrifiée, et ces lamentations, retentissant dans tout le Levant, donnèrent à l’issue de nos démarches tous les caractères d’un véritable succès.

Employant toutes les ressources de son esprit toujours éveillé, toujours ingénieux, l’ambassadeur de France, grâce à son infatigable activité, n’avait pas moins atteint l’unique objet proposé à ses soins. Il avait dégagé son gouvernement en faisant acte de protection efficace pour les religieux latins, sans laisser le champ ouvert aux plaintes de nos adversaires ni à l’intervention de leurs protecteurs.

Mais nous avions été les initiateurs de ce débat qui, touchant aux consciences, avait profondément agité les esprits, aussi bien en Orient qu’en Russie, et, à ce titre, les grands cabinets de l’Europe rendaient la France responsable de ce trouble qui menaçait de dégénérer en de graves événemens. A Vienne comme à Pétersbourg, surtout à Londres où la presse et les échos parlementaires nous mettaient particulièrement en cause, on regrettait hautement notre intervention en cette affaire. Ne pouvant s’en prendre directement au gouvernement français lui-même qui avait usé d’un droit incontestable, on accusait son ambassadeur d’avoir déployé un zèle inconsidéré et mis en péril la paix de l’Orient qu’on avait naguère si péniblement restaurée. Or, on a vu que cet ambassadeur a trouvé la négociation ouverte et solennellement engagée ; qu’il a sagement averti son gouvernement, dès la première heure, des éventualités redoutables qui pouvaient surgir de la tâche qu’on lui avait confiée, et que, tenu