Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/20

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faiblesse de Rechid-Pacha, mandait de son côté : « La question des Grecs catholiques (incident sur lequel je m’arrêterai plus loin)… m’a mis dans la situation, non de compromettre le drapeau que je représentans dans ces délicates circonstances, mais de le tenir bien haut en face d’une nation rivale, notre alliée aujourd’hui, représentée à Constantinople par un ambassadeur qui, non content d’avilir la cour auprès de laquelle il est accrédité, veut encore que les représentans des autres puissances se rangent sous sa loi et suivent son impulsion, n’aient pas de politique propre et se soumettent, sans murmurer, à l’abaissement auquel il a réduit les ministres ottomans. Il n’entrait ni dans mon caractère ni dans ma dignité de représentant de la France d’accepter une pareille tutelle. Je souhaite que la nouvelle victoire qu’il remporte sur nous aujourd’hui et qui le dédommage de sa récente défaite n’augmente pas les difficultés de mon successeur. »

Pour ne rien omettre sur un sujet si délicat, j’ajouterai que les propres collaborateurs de lord Stratford de Redcliffe n’ont pas été, de sa part, l’objet de plus de courtoisie. Lord Cowley, depuis ambassadeur à Paris, le colonel Rose, depuis général commandant en chef l’armée des Indes, membre de la Chambre haute sous le titre de lord Strattsnairn, ayant rempli successivement les fonctions de premier secrétaire à Constantinople, et désignés pour remplacer l’ambassadeur eu son absence, n’ont été initiés par lui à aucun de ses actes ; ils ont été, au contraire, systématiquement tenus à l’écart de toutes ses négociations, si bien qu’ils se sont trouvés fort dépourvus, quand ils ont été appelés à prendre la direction du service. Ce trait peint l’homme et dispense de tout commentaire.


II

L’ambassadeur d’Angleterre, ai-je dit, prévoyait que la Russie ne laisserait pas enterrer la question des Lieux saints et qu’elle en prendrait prétexte pour en tirer un avantage notable ; que le débat n’était pas clos par la solution qu’elle avait reçue ; et qu’il fallait s’attendre à de plus sérieux incidens diplomatiques. Bientôt on apprit en effet que le prince Menschikoff, l’un des hommes les plus considérables de la cour impériale, était désigné pour remplir une mission extraordinaire à Constantinople. L’envoyé du tsar était à peine annoncé que déjà on le savait en route, suivi d’un nombreux état-major. M. de La Valette était rentré en France après m’avoir accrédité en qualité de chargé d’affaires, et j’eus l’honneur, pour mes débuts, de me trouver en face d’une crise redoutable. Lord Stratford avait lui-même quitté son poste