Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 128.djvu/385

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les Grecs héroïques d’Homère lurent généralement blonds, quelle preuve a-t-on que, plus tard, les grands génies de la Grèce l’aient été ? Les Sophocle, les Eschyle, les Euripide, les Pindare, les Démosthène, les Socrate, les Platon, les Aristote, les Phidias le furent-ils tous également ? Quant à la longueur du crâne, les bustes de grands hommes conservés par l’antiquité nous montrent des têtes de toutes formes. Socrate, en particulier, est fortement brachycéphale.

Aux Sémites proprement dits on accorde, parmi les Méditerranéens, une place d’honneur. Et certes, la race à qui nous devons notre religion n’est pas méprisable. Aussi, tandis que les uns prédisent le triomphe final des Aryens, les autres leur écrasement futur par la masse des Celto-Slaves et Touraniens, d’autres nous annoncent « la République universelle gouvernée par les Juifs, race supérieure [1]. » Seuls, dit-on, les Juifs peuvent vivre sous tous les climats sans rien perdre de leur « prodigieuse fécondité. » Le docteur Boudin, dans son Traité de géographie et de statistique médicales, déclare les Juifs réfractaires aux épidémies. Ils sont privilégiés de même pour l’intelligence ; ce n’est pas seulement dans les affaires d’argent qu’ils sont supérieurs ; ils réussissent en tout ce qu’ils entreprennent. Déjà M. Gougenot des Mousseaux avait annoncé la « judaïsation des peuples modernes. » Qu’arriverait-il des Aryens si le rêve de M. Dumas dans la Femme de Claude venait à se réaliser pour les tribus d’Israël ? Mais toutes ces suppositions ont pour principe la conception des Juifs comme une race pure ; or, elle ne l’est nullement. Ils présentaient déjà autrefois différens types : les Palestiniens étaient des métis d’Aryens et de Sémites ; aujourd’hui, il y a des Juifs blonds, bruns, dolichos, brachys, grands, petits. Les Juifs portugais diffèrent des Juifs allemands ou polonais. Le type « aquilin » est aussi répandu en dehors d’eux que chez eux. Ce ne sont pas deux types juifs, mais dix types juifs qu’admettait Renan. Si les Juifs forment une entité, dit M. Topinard, cette entité n’est pas une « race naturelle », mais simplement « un groupe de l’histoire ou un groupe religieux. » On a jadis parlé bien à tort des races de la linguistique ; les races de la religion en seraient le pendant ; et il en est de même des races de la psychologie. Ce qui fait la vraie force des Juifs, ce n’est pas la longueur du crâne, c’est l’esprit juif qu’on entretient sous ce crâne, c’est l’éducation juive, c’est l’entente juive, l’alliance juive, qui les fait pénétrer partout et se soutenir partout.

Seuls, d’après certains mesureurs de crânes, les brachycéphales

  1. C’est le titre d’une publication de M. E. Dupont, Paris, 1893.