Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/175

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romanciers occultistes, il y avait de tout dans cette foule, et surtout des femmes, de celles dont c’est la gloire et la fonction d’aller partout, des désœuvrées, des agitées et des fanatiques. Je crois pourtant que la majorité des assistans regrettait amèrement, à la sortie, que Mme Besant ne leur eût pas montré quelque bon tour de son métier de thaumaturge ; car, au lieu d’évoquer un mort ou de faire pousser en un clin d’œil une touffe de fleurs sur un arbre vert, comme on sait que font les yoghis, elle s’était tenue à quelques considérations sur la fraternité universelle et la nécessité de tuer en nous la sensualité : grave déception !

Quelques mois plus tard, la déception dut être plus forte encore : Mme Besant avouait elle-même qu’elle avait été la victime d’une mystification à laquelle un enfant n’eût pas été pris ! Déjà, aux beaux temps de sa foi en Mme Blavatski, on avait essayé de la mettre sur ses gardes. La Société des Recherches psychiques avait publié une enquête dont les résultats avaient été surprenans : M. Richard Hodgson y démontrait, entre autres choses, que dans l’Inde, près de Madras, lorsqu’un naïf et riche fidèle voulait obtenir une missive du fameux Mahatma, qui guidait Mme Blavatski, c’était un ménage français, les Coulomb, arrivé dans l’Inde à la suite d’où ne sait guère quelles aventures louches, qui était chargé d’envoyer, au moyen d’un tabernacle à double fond, la lettre du Mahatma, fabriquée par Mme Blavatski elle-même ! Mais Mme Besant avait refusé de croire à ces calomnies, après avoir lu l’enquête, sur l’ordre même, raconte-t-elle, de son initiatrice russe. Cette intelligence superficielle et facile, qui eut toujours besoin de se soumettre à une volonté supérieure, était alors sous le charme de la très intéressante sorcière. Du reste, presque aussitôt après la mort de celle-ci, elle fit devant tous les théosophes rassemblés une dramatique révélation : « On a dit, s’écria-t-elle, que c’était Mme Blavatski qui fabriquait elle-même les messages miraculeux : eh bien ! depuis sa mort, j’ai reçu les mêmes avertissemens, par des moyens identiques ! Croyez-vous que les morts puissent encore faire de la prestidigitation ? » Ces messages merveilleux étaient écrits sur du papier de riz, et scellés d’un sceau spécial portant l’initiale d’un des invisibles sages du Thibet.

Hélas ! la discorde se mit au camp des théosophes, et, dans sa fureur de se voir privé, par ces avertissemens d’en haut, d’un des postes éminens de l’église théosophique, un très honnête homme naïf et abusé, le colonel Olcott, découvrit, malgré son aveuglement, que l’empreinte du sceau se rapportait à un cachet qu’il avait fait exécuter lui-même dans l’Inde pour l’offrir à Mme Blavatski ! Ce sceau avait été détourné par un de ses