Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/391

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Une semblable création est tout à fait contraire aux idées reçues jusqu’à présent, aux lois de la mécanique et de la saine physique ; elle est inadmissible. »

Selon Sadi Carnot, nous l’avons vu, un moteur fonctionnant suivant le cycle idéal qu’il a imaginé est la meilleure machine à feu que l’on puisse construire ; on peut donc énoncer la proposition suivante :

« Le maximum de puissance motrice qu’est susceptible de développer une quantité déterminée de chaleur est indépendant des moyens mis en œuvre et des substances employées pour produire cette puissance motrice ; ce maximum est fixé uniquement par les températures des corps entre lesquels se fait, en dernier résultat, le transport du calorique. »


II


Une pareille proposition était grosse de conséquences. L’ingénieur désireux de perfectionner une machine à feu fonctionnant entre deux limites de température données ne devait plus porter son attention sur la nature des substances qui composent cette machine ; remplacer une telle substance par une autre ne change pas la grandeur de l’effet utile que l’on peut atteindre. Ce qu’il faut modifier, ce sont les transformations subies par ces substances ; il faut les modifier de manière que leur ensemble se rapproche autant que possible d’un cycle de Carnot. Substituer l’éther à l’eau dans une machine à vapeur ne changera pas la valeur maxima du rendement que l’on est en droit de demander à cette machine ; ce qu’il faut étudier, ce qu’il faut modifier si l’on veut obtenir un rendement voisin de ce maximum, c’est le cycle décrit par la vapeur dans le foyer, dans le cylindre, dans le condenseur. Mais laissons de côté les conséquences industrielles du principe de Sadi Carnot, et ne nous occupons que des conséquences qui en découlent touchant la théorie même de la chaleur.

« D’après les notions établies jusqu’à présent, dit Carnot, on peut comparer assez justement la puissance motrice de la chaleur à celle d’une chute d’eau ; toutes deux ont un maximum que l’on ne peut dépasser, quelle que soit d’une part la machine employée à recevoir l’action de l’eau, et quelle que soit, de l’autre, la substance employée à recevoir l’action de la chaleur. La puissance motrice d’une chute d’eau dépend de sa hauteur et de la quantité de liquide ; la puissance motrice de la chaleur dépend aussi de la quantité de calorique employée et de ce qu’on pourrait nommer, de ce que nous appellerons en effet, la hauteur de sa chute, c’est-à-dire de la différence de température des corps entre