Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/430

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parfaitement légale en Égypte ; dans le cas présent, Thoutmès II avait eu d’une autre femme nommée Isis, qui n’avait pas le titre de reine, un fils qui devait être le plus grand et le plus heureux des conquérans égyptiens. Ce fils était âgé de quelques années à peine lorsque mourut son père : la reine Hatschopset, tante et belle-mère du jeune prince, devint aussi sa tutrice et le tint dans un effacement absolu.

Les idées qui maintenaient les femmes éloignées du trône égyptien devaient être bien fortement enracinées et bien puissantes en Égypte, pour qu’une princesse déjà associée au pouvoir par son père n’osât pas prendre le titre de reine et fût obligée, pour garder le pouvoir, la première fois d’épouser son demi-frère, la seconde de se prévaloir du titre de régente. Elle n’en gouverna pas moins réellement seule, usurpant avec une souveraine dignité qui en imposait aux plus forts toutes les fonctions royales. Son neveu et beau-fils supporta impatiemment cette tutelle, mais il dut ronger son frein silencieusement tant que vécut sa tutrice et différa sa vengeance. Malgré tous les griefs qu’il pouvait avoir contre la reine Hatschopset, il semble cependant que Thoutmès III parvenu à l’indépendance eût pu se montrer moins sévère et plus reconnaissant, car l’impérieuse régente, si elle eût eu le caractère dont témoigneraient certains actes de son neveu émancipé, aurait pu sans le moindre empêchement donner à son royal pupille l’un de ces breuvages qui envoyaient dans l’autre monde ceux à qui on avait fait l’honneur de les offrir. L’histoire de l’Orient est féconde en pareils accidens.

D’ailleurs le gouvernement de la reine Hatschopset fut une époque de grandeur et de prospérité pour l’Égypte. Elle sut maintenir avec fermeté les limites déjà- fort étendues de son empire, et c’est sous son règne qu’eut lieu l’une des plus mémorables expéditions que mentionnent les annales égyptiennes. L’Égypte connaissait depuis fort longtemps les explorations ayant pour but la découverte de peuples nouveaux. Dès la VIe dynastie, — environ quarante-cinq siècles avant notre ère et plus de soixante-quatre siècles avant notre lièvre africaine, — les Pharaons avaient envoyé leurs grands officiers explorer précisément ce Soudan qui cause tant de préoccupations de nos jours aux cabinets ; et l’un des explorateurs de ce temps reculé avait déjà trouvé de ces tribus de nains que M. Stanley a récemment rencontrées dans les « Ténèbres de l’Afrique ». L’un de ces nains capturés fut amené en Égypte pour l’amusement du Pharaon : il est vrai qu’il savait danser le Dieu, connaissance tout à fait extraordinaire et exquise pour l’époque. Il est fort malheureux que M. Stanley ne nous ait