Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/442

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conclusions qui en ressortaient d’elles-mêmes. Cet exemple était unique : la tombe de Petahschepsès en est désormais un second. Ce tombeau contient en effet une salle dont le plafond est soutenu par deux colonnes lotiformes. Ces colonnes sont malheureusement brisées, mais une partie du lût est encore adhérente à la base ; les morceaux trouvés sur le sol ont permis de les reconstituer et de voir que toutes les parties constitutives de la colonne dans l’architecture grecque se trouvaient déjà employées dans l’architecture égyptienne à la Ve dynastie, cinquante siècles avant notre ère. Cette colonne a l’aspect d’une botte de fleurs de lotus à moitié épanouies : le fût sort de terre comme la tige du lotus ; mais comme une seule tige aurait eu un aspect trop grêle ou trop massif, l’artiste qui a imaginé cette colonne a réuni six âges ensemble dont les sections elliptiques donnent un air de grâce suprême à la fleur de pierre qui monte vers le ciel. Le chapiteau de la colonne est formé par un gros bouquet de fleurs adultes mélangées à des boutons, fleurs et boutons retenus ensemble par un quintuple lien qui forme la gorge du chapiteau et en bas duquel, entre les lobes, pendent les jeunes tiges surmontées de boutons. Cette disposition est d’une élégance parfaite. Le chapiteau est surmonté d’un abaque placé immédiatement au-dessous de l’architrave.

Les couleurs venaient encore rehausser de leur éclat cette œuvre déjà magnifique par elle-même : les Egyptiens n’aimaient pas la pierre nue, ils coloriaient tout ce qui leur paraissait mériter la couleur, notamment les colonnes et les statues. Ici le piédestal circulaire est peint en brun, sans doute pour figurer la terre ; le fût est peint en bleu d’azur, les tiges secondaires alternativement en jaune et en brun, les cinq liens étaient vert, rouge, bleu, rouge et vert, par une gamme harmonieuse qui montait et descendait. Le chapiteau avait été surtout traité avec amour : la base des grandes fleurs était peinte en bleu et la ligne de nais-sauce en jaune ; les grands pétales bleus, avec un filet jaune, laissaient passer d’autres feuilles moins grandes et peintes en vert clair, quand le fond de la fleur était rouge. Les boutons au contraire avaient en vert leurs pétales, et aussi la base des fleurs, les naissances étaient en jaune et les feuilles secondaires en rouge et brun. Sans doute, tout cela est conventionnel, n’imite pas la nature, et semble un peu trop criard. Je n’en disconviens pas, mais sous la lumière éclatante du soleil d’Égypte, tout cet ensemble formait quelque chose de fondu, d’harmonieux et de délicieux au suprême degré. Les Egyptiens ont entendu la décoration aussi bien que n’importe quel autre peuple venu après eux. Peut-être