Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/447

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


eût appris à se servir des armes destinées à l’homme ; les armes ne devaient servir que pour le voyage de l’âme à la recherche des Enfers, voyage où elle rencontrait des monstres hideux qui s’opposaient à son passage, qu’elle devait vaincre sous peine de ne pas connaître le bonheur des Champs Elysées et pour venir à bout desquels ce n’était pas trop que tout cet arsenal. La momie de la princesse Ekhnoumit était enveloppée dans un réseau de perles en or, en cornaline, en émeraude et en lapis-lazuli : ces perles étaient retenues par des fils qui malheureusement sont tombés en poussière dès qu’ils ont été exposés au jour. Les perles d’or seules étaient au nombre de 2 020 et grosses comme un noyau de datte. Mais outre les bijoux de cette momie, la petite chambre attenant à celle du sarcophage et qu’on appelle fort improprement serdâb, contenait une masse de bijoux jetés pêle-mêle sur le sable et restés ainsi depuis plus de quatre mille cinq cents ans. Le nombre des objets trouvés dans les deux tombes des princesses Ida et Ekhnoumit est exactement de cinq mille soixante sept ; le poids de l’argent de 115 grammes et celui de l’or de 1 782gr,45.

Quelques-uns de ces bijoux sont très remarquables par le savoir-faire qu’ils décèlent, car ce sont des travaux d’orfèvrerie réputés encore de nos jours comme très difficiles : ainsi la chaîne d’or tressée en quadruple dont les mailles excessivement fines ont dû demander un long labeur à l’orfèvre qui l’a faite. Un médaillon d’or est d’un travail fort curieux : il contient au milieu une sorte de mosaïque représentant une vache couchée. Le médaillon est attaché par une chaîne simple à une chaîne double qui se termine à chaque extrémité par une rosace en filigrane d’or. A la partie inférieure du médaillon pendent trois étoiles à huit pointes également en filigrane d’or. Une autre chaînette simple tient suspendue dix petites coquilles striées avec deux étoiles à cinq pointes en filigrane d’or. Un papillon est également imité en filigrane, les ailes étendues, et suspendu à une double chaînette. Ces bijoux ont demandé un très grand savoir-faire, et au dire des orfèvres, le jaseron, c’est-à-dire les chaînes d’or tressées et souples, demande une habileté remarquable de l’ouvrier.

Mais ces splendeurs sont dépassées encore par deux diadèmes ou couronnes trouvés dans le serdâb de la princesse Ekhnoumit. Le premier est formé par un lacis de fils d’or qui se croisent et s’entre-croisent : le croisement est marqué et retenu par de petites perles en lapis-lazuli. Sur ce lacis de fils d’or se voient quantité d’étoiles à cinq branches et non des fleurettes semblables à des myosotis, comme on l’a cru ; ces étoiles sont incrustées de cornaline et d’émeraude. Pour rendre cet assemblage solide et ne le pas trop