Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/723

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M. Stamboulof ; aucun obstacle ne lui a été opposé du dehors ; il a pu pousser à bout son système. Qu’est-il arrivé ? Lequel, de lui ou du gouvernement russe, avait vu le plus juste dans l’avenir ? On peut en juger aujourd’hui. M. Stamboulof a cru sans doute qu’Alexandre de Battenberg, au moment où il a abdiqué, obéissait à la fascination qu’à cause de son origine le prestige du tsar devait exercer sur lui ; mais un prince autrichien devait échapper à ce préjugé, si ce n’était là qu’un préjugé. Pourtant, au bout de quelques années, le prince Ferdinand, à son tour, s’est aperçu que son gouvernement devenait impossible, et qu’il s’affaiblissait chaque jour davantage par la tension exorbitante que lui imposait son hostilité contre la Russie. Un tel effort épuisait ses forces vives. Se gouverner soi-même, c’est-à-dire indépendamment de la Russie, est le désir de tout Bulgare ; mais gouverner contre la Russie et réduire à cela tout le programme du gouvernement a été l’erreur d’un homme et a amené l’effondrement de sa politique. Le prince que M. Stamboulof était allé chercher à Vienne et qu’il a eu le droit de regarder comme sa créature s’est séparé de lui, et presque aussitôt une sorte de détente s’est produite dans les rapports de Saint-Pétersbourg et de Sofia.

M. Stamboulof a dû éprouver une irritation profonde lorsqu’il a appris qu’une députation bulgare se rendait en Russie, après s’être évidemment assurée d’y recevoir un accueil favorable. Cette députation n’avait rien d’officiel, on n’en est pas encore là ; son caractère était tout privé ; mais elle était conduite par le métropolite Clément et comprenait une délégation du Sobranié, de sorte qu’elle représentait à la fois l’élément religieux et l’élément national du pays : les deux, au surplus, se confondent aisément et n’en font qu’un. Toute la Bulgarie avait les yeux fixés sur Saint-Pétersbourg, attendant avec anxiété des nouvelles des délégués qui s’y rendaient en son nom. On a appris qu’ils avaient été reçus successivement par le prince Lobanof, ministre des affaires étrangères, par M. Pobedonostzef, procureur général du saint-synode, enfin par l’empereur lui-même, et que les paroles échangées dans ces entrevues solennelles avaient été aussi satisfaisantes que possible. Le prince Lobanof a été jusqu’à dire que l’empereur n’avait aucun grief personnel contre le prince Ferdinand : c’était aplanir la voie à un rapprochement dont il ne reste plus qu’à trouver la forme. M. Pobedonostzef, qui est, comme personne ne l’ignore, un très important personnage politico-religieux et qui avait toute la confiance du défunt empereur, a reçu dans un banquet la députation bulgare, et en même temps une mission abyssine venue, non sans quelque déplaisir pour l’Italie, resserrer les liens religieux de l’Abyssinie et de la Russie. Après les toasts d’usage, M. Pobedonostzef, s’adressant au métropolite Clément, l’a assuré que les Russes étaient ravis de voir à Saint-Pétersbourg leurs frères en religion. Le métropolite a remercié en portant à