Page:Revue des Deux Mondes - 1895 - tome 130.djvu/961

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avec lui et finissent mal, ou ne finissent pas du tout. La main qu’on nous tend se retire ou se referme aussitôt que la nôtre s’avance pour la saisir, et à maintes reprises, après s’être donné le mérite d’une ouverture pleine de cordialité dans la forme, on a rejeté sur nous la responsabilité de malentendus qui ne provenaient certainement pas de notre faute. Mais ce n’est pas là une récrimination : elle ne serait pas à sa place après le discours conciliant et amical qu’a prononcé M. le baron Blanc et que notre plus vif désir est de voir confirmé par des actes.

M. le baron Blanc a fait de grands efforts pour déterminer exactement la situation respective de l’Italie envers Menelik d’une part, et de l’autre envers l’Europe. Il nous a appris qu’on avait trouvé dans certains papiers la preuve certaine de la « trahison » du Négus. C’est un bien gros mot. Est-il vrai que Menelik doive tout à l’Italie, et qu’il l’ait ensuite trahie en violant des engagemens formels ? Dans quelle mesure le traité d’Ucciali est-il valable entre les deux parties ? On sait qu’elles ne sont pas d’accord sur ce point, mais c’est une question à régler entre elles. M. le baron Blanc soutient que personne n’a le droit d’intervenir entre Menelik et l’Italie : il est encore plus certain que personne n’a la pensée de le faire. Faut-il voir dans ces paroles de M. le baron Blanc l’annonce d’une prochaine expédition militaire contre le Négus ? La présence à Rome du général Baratieri serait de nature à le faire croire : toutefois, le gouvernement italien ne peut pas se dissimuler que c’est là une entreprise considérable et dont l’exécution, pour réussir pleinement, doit être préparée avec le plus grand soin. Nous connaissons assez pour notre compte, et l’Italie a éprouvé par sa propre expérience les difficultés des expéditions coloniales. Mais, encore une fois, elle est seule juge de ses intérêts en Afrique et nous n’avons même pas à lui donner des conseils qui pourraient être mal interprétés. Les dispositions de l’Angleterre paraissent être pour elle un encouragement. M. le baron Blanc a donné sur ce point des détails dont quelques-uns étaient mal connus jusqu’à ce jour. Il en ressort, par exemple, que l’Angleterre a demandé à plusieurs reprises sa coopération à l’Italie, et que celle-ci l’a refusée, en quoi M. le baron Blanc juge évidemment qu’elle a eu tort, puisqu’il dit que ces refus ont été « réparés »en partie par l’occupation de Kassala. Comment ne pas rappeler ici l’attitude de la presse anglaise au moment de cette occupation ? Assurément, elle n’était pas dans le secret de l’affaire, car elle a manifesté une mauvaise humeur presque agressive : il était impossible d’être plus désobligeant pour l’Italie que ne l’ont été les journaux de Londres à cette époque : on aurait pu croire que l’Italie avait occupé un point qui appartenait à l’Angleterre, et si nous avions montré le même déplaisir, on nous aurait accusés des plus noirs sentimens. Eh bien ! l’opinion anglaise avait tort l’année dernière. Lord Cromer a découvert depuis que la tranquillité du Soudan provient prin-