Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 134.djvu/297

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une sagesse que Spencer n’a pas eue, la radicale distinction de la biologie et de la sociologie. C’est encore Auguste Comte qui a posé le principe et les lois de révolution. C’est lui qui a établi la féconde distinction de la statique et de la dynamique sociales. Quand on relit ses œuvres, on est étonné de la quantité d’idées, aujourd’hui courantes, faussement attribuées à l’influence anglaise ou allemande et qui se trouvent exprimées, avec une justesse supérieure, par le philosophe français.

Après être restée trop longtemps presque stationnaire dans le pays où elle avait pris naissance, la sociologie y a fait, dans ces derniers temps, des progrès notables. M. Espinas a appliqué, avec beaucoup de largeur et d’indépendance, les doctrines du positivisme, de l’évolutionnisme et du darwinisme à la solution des plus importans problèmes de la biologie et de la sociologie comparée. M. Perrier a étudié la nature des colonies animales. M. Tarde a publié une série de beaux travaux, éminemment « suggestifs », où les idées abondent et où les rapports de la sociologie avec la philosophie générale sont mis en relief. Nous avons déjà parlé de la direction sociologique donnée par Guyau à ses études sur la religion, l’art, l’éducation. On pourrait aussi rattacher à la sociologie la thèse de M. Marion sur la solidarité morale, dont nous avons déjà parlé, ainsi que les travaux de M. Gide sur la solidarité sociale. Enfin M. Durckheim a publié des livres de très haute valeur sur la division du travail social et sur la méthode même de la sociologie.

Ainsi, après avoir été longtemps l’apanage presque exclusif des économistes et des publicistes, les questions de l’ordre social, scientifiquement considérées, commencent à passer aux mains des philosophes.


III

La philosophie générale, en dépit de ceux qui la représentent comme toujours à recommencer, a une partie acquise et stable, une partie mobile et progressive. Nous ne parlons pas seulement ici des sciences philosophiques particulières, — comme la psychologie, la logique, l’esthétique, la morale, — où les résultats se sont accumulés, comme dans les autres sciences, et forment aujourd’hui un fonds de plus en plus riche. Nous parlons même de la philosophie générale. Il s’est fait dans ce domaine des travaux d’analyse et de critique dont les résultats sont désormais incontestables. S’imagine-t-on que rien ne demeure des analyses de Descartes, de Leibniz, de Hume, de