Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/241

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transformations ou déformations les objets qui tombent sous ses prises. Jamais le gouvernement parlementaire ne nous a paru davantage avoir besoin d’un régulateur et d’un frein. Malheureusement nous ne les apercevons pas.

En dehors de cette discussion, et en attendant celle des quatre contributions directes qui vient seulement de commencer, la Chambre n’a guère discuté, un peu à bâtons rompus, qu’une loi sur la protection des enfans, des filles mineures et des femmes dans les établissemens industriels. Le sujet, sans doute, est important en lui-même ; cependant il ne justifie pas les grands développemens dont il a été l’objet. Les orateurs les plus brillans et les plus considérables de la Chambre, M. de Mun, M. Deschanel, M. Aynard, sans parler du grand prêtre du collectivisme M. Jules Guesde, sont montés successivement à la tribune, où ils ont parlé fort peu de la loi et beaucoup de la question sociale. Les thèses les plus diverses ont été successivement produites, et parfois avec beaucoup de talent ; mais il faut bien avouer que le caractère de ces discussions est un peu platonique et qu’on n’en distingue pas toujours l’utilité immédiate. Il y aurait toute une étude à faire sur les grands problèmes qui ont été exposés devant la Chambre, et sur la manière dont ils ont été traités. Nous y reviendrons peut-être pendant le loisir relatif des vacances. Au fond, la Chambre regarde ces discussions comme une sorte d’intermède et de passe-temps : peut-être produisent-elles sur le pays une impression plus profonde. Toutes les imaginations sont tournées aujourd’hui vers la question sociale, sans se rendre bien compte de ce qu’elle est, et les grands discours qui retentissent au Palais-Bourbon peuvent contribuer à en fixer pour les esprits les élémens principaux, encore un peu flottans.

Plusieurs fois on a cru que cette discussion inoffensive serait troublée par des bruits venus du dehors. Les radicaux avaient annoncé dans la presse l’intention d’interpeller le gouvernement au sujet des processions de la Fête-Dieu et des manifestations qui ont suivi. Les interpellations n’ont pas eu lieu, sans doute parce que le gouvernement a pris immédiatement les mesures dont il disposait pour faire connaître sa pensée et sa volonté : que pouvait-on lui demander de plus ? Il a usé des armes qu’il a dans la main ; il a appelé un prélat comme d’abus devant le Conseil d’État ; il a exercé devant les tribunaux quelques poursuites qui ont abouti à des peines légères ; la plupart de ceux qui en ont été frappés ont d’ailleurs bénéficié de la loi Bérenger. Tout cela, on en conviendra, n’est ni bien sévère, ni bien rigoureux, et les journaux qui parlent de persécution auront de la peine à donner le change. Mais que penser des catholiques qui se livrent à ces manifestations, illégales certainement ? Nous n’avons pas à apprécier la loi qui donne aux municipalités le droit d’autoriser ou d’interdire les manifestations religieuses dans la rue ; elle existe ;