Page:Revue des Deux Mondes - 1896 - tome 136.djvu/896

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inondent matin et soir les villes, bourgs et villages de quarante-neuf États et territoires de l’Union ; c’est pour cette cause que les immenses machines politiques américaines sont en mouvement depuis plusieurs mois et vont redoubler leurs efforts jusqu’au 3 novembre 1896, jour de l’élection.

La Convention démocratique se réunit au commencement de juillet. Les murs et les hôtels de Chicago fourmillent d’hôtes étranges, hommes aux barbes incultes, venus des Montagnes-Rocheuses et des fermes de l’Ouest, qui inspirent au New-York Herald des caricatures dans le genre suivant : ils font queue chez les barbiers de Chicago ; le nègre qui tient les ciseaux recule, effrayé, devant ces Clodions chevelus ; un autre empile dans un immense panier les longues boucles qui tombent de ces têtes et de ces mentons hirsutes. Le célèbre gouverneur de l’Etat d’Illinois, dans lequel se trouve Chicago, Altgeld, l’ami des anarchistes, emplit les couloirs du bruit de sa campagne en faveur de l’argent. Les délégués des grands États de l’est, de New-York, de Pensylvanie, sentent que la majorité avait son siège fait. Ils n’en luttent pas moins courageusement et essayent de se faire écouter : mais les positions étaient prises bien avant la réunion, et les paroles les plus sensées ne modifièrent probablement pas un seul vote. Dans l’émotion de leur impuissance, l’un d’eux va jusqu’à s’écrier que l’attitude des argentistes équivaut au premier coup de canon tiré sur le fort Sumter, en 1861, par les confédérés. La Tribune de New-York déclare que les vieux démocrates de l’est se heurtent à Chicago à un spectre horrible, aux yeux hagards, agitant un étendard sanglant et une torche enflammée. Terrifiés de découvrir l’intensité des passions agraires et communistes qui sont à la base de la folie argentiste, ils accusent la majorité de vouloir répudier des dettes légitimement contractées, et constatent avec tristesse que, pour la première fois dans l’histoire, le parti démocrate s’écarte des saines doctrines en matière monétaire. Ils déplorent que des anarchistes et des communistes, entrés à la Convention sous un masque de démocrates, dominent cette Assemblée au point de lui dicter des résolutions monstrueuses.

Dans l’immense hall, où un millier de délégués et plus de quinze mille spectateurs tenaient à l’aise, le triomphe des argentistes s’affirme dès la première minute. Le révérend Stire ouvre la session par une prière appelant les bénédictions du Très-Haut sur la Convention assemblée devant lui, le priant d’inspirer à ses membres le plus ardent patriotisme, de les affranchir de toute préoccupation de parti, de façon à consacrer leurs efforts au bien public et à continuer à faire de l’Amérique une et prospère un