Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 140.djvu/295

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


néanmoins très perméables : l’architecte de la Cour des comptes avait cru préserver à jamais de la pluie les corniches saillantes et friables du rez-de-chaussée, en les recouvrant de dalles de Cherencé, capables de braver les siècles. Il s’aperçut, au bout de quelque temps, que l’eau passait très facilement à travers cette écorce protectrice et minait le doux « banc-royal » de Méry, en qui elle s’imprégnait. D’un vice semblable peuvent résulter des accidens mortels : la fabrique de l’église Saint-Eustache dut payer 15 000 francs d’indemnité pour un morceau ainsi détérioré qui, se détachant à l’improviste, était allé tomber sur la tête d’un passant.

Les pierres restaient autrefois plusieurs années exposées aux intempéries des saisons sur la « forme » de la carrière où l’acheteur les visitait et poinçonnait celles qui étaient à sa convenance. La variété des roches issues d’un même lit justifiait cette précaution. Seule la méthode empirique permet de reconnaître, parmi ces blocs « velus » ou « ébousinés », dont les premiers n’ont reçu aucune taille, dont les autres sont seulement dégrossis, désencroûtés jusqu’au vif de leur molle enveloppe, les délicats qui se laisseront désagréger par la gelée. Un connaisseur préférait ceux du moins flatteur aspect, ceux à tranche pommelée ou couverte de lichens. Il se détournait avec mépris des morceaux d’un blanc presque pur, dont la belle apparence tenait uniquement à ce qu’ils laissaient tomber leur peau chaque hiver. L’eau qui, par les temps humides, s’était logée dans les pores de leur masse, se charge en effet de sels qui, tantôt cristallisent, tantôt gonflent et, par leur force d’expansion, décomposent la pierre. Celle-ci s’effrite en exfoliations très minces et périt à la façon d’un anémique ou d’un poitrinaire.

Nos contemporains, qui ont perdu le goût d’attendre, contrôlent en huit jours, dans un laboratoire, ce que la nature mettait dix ans à vérifier en plein air. Après avoir fait bouillir, dans une eau saturée de sulfate de soude, un cube de 3 centimètres de côté de la roche suspecte, on le laisse tremper sur une soucoupe. La pierre se couvre d’efflorescences salines que l’on a soin de laver toutes les vingt-quatre heures. Si elle est gélive, elle perdra ses arêtes et ses angles, on les retrouvera en poussière dans la soucoupe ; si elle est bonne elle sortira intacte de l’épreuve. Pour ces pierres gélives, d’ailleurs, les architectes ne se montrent pas impitoyables. Paris en consomme un beau stock, venant de Larrys ou