Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/357

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


V

C’est pour des profits économiques ou politiques nettement aperçus et depuis longtemps convoités que les puissances européennes se sont immiscées dans les querelles sino-japonaises ; le conflit terminé, chacune d’elles fit sonner haut ses services et réclama pour récompense une part dans l’exploitation du Céleste Empire. Quels semblent être les vainqueurs dans cette lutte pour la Chine, c’est ce qu’il nous reste à chercher.

La Chine devait son salut à l’appui que la Russie lui avait donné et fait donner ; elle n’eut ni le temps, ni le moyen de se montrer ingrate. Aussitôt après la conclusion de la paix, furent entamés entre la cour de Pékin et le cabinet de Saint-Pétersbourg des pourparlers qui aboutirent à un traité arrêté dans ses grandes lignes dès le mois d’octobre 1895, et finalement ratifié en novembre 1896. Le nouveau pacte donne une éclatante satisfaction aux ambitions des Russes ; ce qu’une guerre n’aurait peut-être pu leur assurer, ils l’obtiennent sans coup férir. Militairement et commercialement, ils deviennent les maîtres de la Chine du nord et de la Mandchourie. Le gouvernement du tsar s’engage à aider les Chinois à remettre en état et à fortifier les ports de la presqu’île du Liao-Tung — Port-Arthur et Ta-lien-wan. — En échange la marine russe usera librement de la rade et de l’arsenal de Port-Arthur et pourra y établir un dépôt de charbon, de vivres, d’armes ; en cas de guerre, des troupes pourront y être concentrées. Enfin les Russes possèdent sur la mer libre un port toujours libre de glaces ! Le but qui, depuis Pierre le Grand, semblait fuir toujours et s’éloigner comme un mirage décevant, est atteint : la Russie ne restera pas enfermée dans ses plaines et la solution qui, en Europe, aux Indes, à Vladivostok, lui avait échappé, elle l’a enfin trouvée dans le golfe du Pe-tchi-li !

La rade de Port-Arthur s’ouvre sur la côte est de la presqu’île du Liao-Tung ; il était donc important pour les Russes de s’assurer l’entrée du golfe du Pe-tchi-li et d’occuper une position qui empêchât toute autre puissance de s’installer près du cap Shan-tung. Ils reçurent le droit de prendre à bail pour quinze ans la magnifique baie de Kiao-Tcheou, au sud de cette pointe, et, en cas de guerre, de l’occuper militairement. Cette grande rade, fortifiée et devenue la station d’hiver de la flotte russe, aura dans