Page:Revue des Deux Mondes - 1897 - tome 143.djvu/428

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m’acquitter de la commande que m’en avait faite ma maîtresse, la Sérénissime Infante. »

Pas plus que les peintures que Rubens avait apportées d’Anvers, les portraits dont il est ici question ne méritent d’être cités parmi ses meilleurs ouvrages. Leur facture aisée, mais assez sommaire et un peu molle, ne suffirait pas assurément à expliquer l’engouement que peu à peu Philippe IV avait conçu pour le maître, et que les séductions de sa personne contribuèrent, sans doute, autant que son talent à lui assurer.

Tout en peignant, nous le savons, Rubens était capable de soutenir une conversation et les témoignages contemporains s’accordent pour nous apprendre qu’il était un causeur accompli. En sa compagnie, le roi oubliait pour un moment les ennuis de sa vie morose, à la fois très vide et très occupée, dont les longues cérémonies religieuses, les réceptions officielles, la chasse, la galanterie ou l’équitation se disputaient les heures. Avec Rubens, les sujets les plus divers pouvaient tour à tour être abordés. Il avait habité l’Italie, frayé avec les princes et les souverains ; tout récemment encore, il venait de conquérir les bonnes grâces de la reine Marie de Médicis. Très au courant de la situation générale de l’Europe, il connaissait à fond celle des Flandres, et fort de la confiance absolue qu’il inspirait à l’Infante Isabelle, il avait chance, en exposant les vues de la princesse, de faire prévaloir les idées qui lui paraissaient à lui-même les plus avantageuses pour la politique de l’Espagne. En même temps qu’il manifestait ainsi les ressources et la pénétration de son esprit, Rubens observait en toutes choses le tact et la réserve que lui commandaient les circonstances. Aussi, aux préventions qu’avant son arrivée le roi avait conçues contre lui succédait bientôt une faveur croissante.

C’est probablement pour plaire à Philippe IV qu’il s’était décidé à remanier le tableau de l’Adoration des Mages que, peu après son retour d’Italie, il avait peint en 1608 pour l’hôtel de ville d’Anvers. Il faut bien avouer cependant que cette grande toile n’avait guère gagné à ses retouches, et qu’en prenant çà et là un peu plus d’éclat et de piquant, elle était, en revanche, demeurée rude et assez incohérente. La technique du peintre s’était bien modifiée depuis le moment où il l’exécutait. Autant il aimait autrefois les contrastes violens, autant il cherchait maintenant à les éviter, préoccupé avant tout de conserver l’unité d’aspect et d’obtenir les harmonies les plus riches par les moyens les plus