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porte du palais législatif. Les officiers furent convoqués au petit jour rue Chantereine ; les Anciens reçurent une convocation extraordinaire pour le matin, à sept heures et demie ; les Cinq cents, à onze heures et demie. Les inspecteurs eurent soin d’épurer les convocations ; celles des députés redoutables s’égarèrent en route. Real, commissaire du Directoire près le département de Paris, suspendit les douze conseils municipaux de la ville, et Fouché fit fermer les barrières.


IV

Le 18 brumaire, la maison de Bonaparte était transformée en quartier général d’armée. Les généraux, en grande tenue, arrivèrent avec leurs aides de camp et leurs ordonnances ; les officiers remplissaient le jardin ; les cavaliers d’escorte encombraient la rue. Lefebvre, commandant de la place, accourut en colère, effaré de cette prise d’armes qui se faisait sans ses ordres. Bonaparte lui répondit en lui offrant le cimeterre qu’il portait aux Pyramides et l’adjura de marcher : « Lui ! — l’un des plus solides soutiens de la patrie, la laissera-t-il aux mains des avocats qui la perdent ! » — Lefebvre exécrait les avocats et pleurait au seul nom de la patrie. — « S’il ne s’agit que de cela, s’écria-t-il, je suis prêt. Jetons donc ces b….. d’avocats à la rivière. »

Aux Anciens, tout s’opéra selon le programme. Le citoyen Cornet, le futur comte Cornet, dénonça la conspiration jacobine ; sur quoi le Conseil vota la translation du Corps législatif à Saint-Cloud, où il se réunirait le 19 à midi. Bonaparte fut chargé de l’exécution du décret et de toutes les mesures nécessaires pour la sûreté de la représentation nationale. Les troupes furent placées sous ses ordres et il fut invité à venir prêter serment. Cornet courut l’en avertir. Bonaparte sortit aussitôt de sa maison, le décret à la main. « La République est en danger, il s’agit de la sauver ! » s’écria-t-il. Les officiers jurèrent de le suivre et l’on partit à cheval. C’était le plus brillant cortège de généraux que l’on eût vu à Paris ; enfans de la République qui firent souche de princes, ducs, pairs de France ; Lefebvre, Berthier, Lannes, Marmont, Murat, Macdonald, Beurnonville ; Brune et Masséna étaient aux frontières, mais l’un fut maréchal, l’autre duc ; parmi les manquans, Augereau devint duc et Jourdan maréchal, pair de France ; Bernadotte se tenait à l’écart, mais Bonaparte le fit prince,