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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 janvier.


Les Chambres viennent de rentrer en session, après quelques semaines de congé qui ne paraissent pas avoir sensiblement modifié l’état des esprits. La réélection de l’ancien bureau au Palais-Bourbon montre que chaque parti est resté sur ses positions. Pendant les vacances, quelques discours ont été prononcés en province, mais ils ont eu un médiocre retentissement, et c’est en vain qu’on y chercherait une indication nouvelle. S’il fallait les prendre au pied de la lettre, et juger de même les articles de journaux qui les ont commentés, on pourrait croire à une sorte de scission entre les radicaux et les socialistes. On les a vus, à la Chambre, marcher d’accord et se prêter le plus souvent un appui mutuel. Le ministère Bourgeois n’a vécu l’espace d’un semestre que grâce au concours dévoué, aveugle, sans critique, du parti socialiste. Jamais solidarité plus étroite ne s’était établie entre deux groupes voisins. Sur le terrain électoral, la tactique ne paraît pas devoir être tout à fait la même.

Radicaux et socialistes aiment mieux évidemment suivre leurs chances séparées, sauf à se réunir ensuite, comme ils l’ont déjà fait, s’ils ont l’espoir de constituer une majorité dans la Chambre prochaine. Les radicaux surtout ont le sentiment qu’une intimité trop affichée avec les socialistes ne pourrait que leur nuire devant les électeurs. Le principe de la propriété individuelle est si profondément ancré dans les esprits qu’il est dangereux de vouloir, ou seulement de paraître y porter atteinte. Quant aux socialistes d’aujourd’hui, ils ne sont pas les théoriciens d’autrefois. En dépit des dissidences qui se sont manifestées parmi eux au congrès de Londres, ils ne visent à rien moins qu’à s’emparer du pouvoir, et ils se proposent d’y parvenir par les voies légales. Cela ne veut pas dire qu’ils ne seraient pas prêts à recourir à d’autres moyens, le jour où ceux-là leur échapperaient. Ils n’ont aucun respect pour la légalité, considérée en elle-même. Mais ils espèrent parvenir un jour à la mettre de leur