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LETTRES ÉCRITES D’ALGÉRIE
AU GÉGÉRAL
DE CASTELLANE[1]


Le capitaine Changarnier, faisant fonction de chef de bataillon au 2e léger, au général de Castellane.


Au camp de Mustapha-Pacha, le 31 décembre 1835, à 3/4 de lieue est d’Alger.

Mon général,

Pendant la halte sur le Sig, — où nous avons perdu trois jours de beau temps, consommé des vivres, harassé nos soldats à élever un grand fort et une tête de pont devenus inutiles par un changement de plan de campagne, — j’étais sur la rive droite

  1. Mme la comtesse de Beaulaincourt, après avoir publié le Journal du maréchal de Castellane, son père, va faire prochainement paraître deux volumes de lettres à lui adressées, de 1835 à 1862, par quelques-uns des officiers qui avaient servi sous ses ordres. Les lettres que nous offrons à nos lecteurs sont extraites du premier de ces deux volumes, et se rapportent toutes à la conquête ou à l’organisation de notre colonie d’Algérie. Quelques-unes sont signées de noms devenus plus tard illustres, mais les moins intéressantes ne sont pas celles qui sont signées de noms plus obscurs ; et on le verra bien dans les trop rares extraits que nous en donnons. Dans leur ensemble, elles offrent ce grand intérêt que, si l’on ne saurait dire précisément qu’elles renouvellent l’histoire de la conquête de l’Algérie, elles en éclairent toutefois plusieurs points d’une lumière assez inattendue. Il nous a semblé qu’elles contenaient aussi quelques leçons dont l’application se faisait d’elle-même à ce qui se passe de nos jours dans cette France extérieure, plus grande et plus lointaine, qui est la France coloniale. Et enfin, quoique le Maréchal n’y prenne lui-même jamais la parole, il suffira d’observer comment ses anciens subordonnés lui écrivent — de quel ton de respect, de confiance et d’affection — pour voir sa vraie physionomie se dégager de cette Correspondance. La manière dont on nous écrit ne témoigne pas moins éloquemment pour nous que la manière même dont nous écrivons.