Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/56

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Mustapha, où rien n’était préparé pour nous recevoir et où nous avons eu à maudire la même incurie qui s’était fait sentir à Oran. Nous avons laissé dans cette ville le commandant Arnaud avec les quatre compagnies d’élite qui doivent faire partie de la petite division destinée à partir du 1er au 5 janvier avec le Maréchal, s’il se décide à visiter Tlemcen.

Cette ville, d’une certaine importance, est gouvernée par un Bey et occupée par une garnison turque, qui ont fait preuve de fidélité à la France. Quand Abd-el-Kader rompit avec nous, il fit inquiéter la ville et agita quelques tribus voisines. Depuis le commencement des hostilités, il avait été obligé de concentrer ses forces et de retirer les troupes qu’il avait de ce côté. Le maréchal Clauzel attend des renseignemens sur l’effet produit par la défaite d’Abd-el-Kader et l’incendie de Mascara, et peut-être il ira parader pendant quelques jours à Tlemcen, pour en imposer à nos ennemis et raffermir le bon vouloir de nos amis. Il n’y aurait pas un coup de fusil à tirer. La marine déposerait les troupes à la hauteur de l’île d’Herchgoun, et de là, il n’y a que sept lieues à faire par terre. Notre premier bataillon est parti avant-hier pour le camp de Douera ; nous ne tarderons pas à l’y suivre.

Notre pauvre régiment est bien dispersé… Malgré les quasi promesses que vous avez reçues du ministre, malgré la conversation du général Schramm avec M. d’Arbouville, je crains bien que nous ne soyons pas près de quitter l’Afrique… Le Maréchal nous gardera. Ce pays, où je n’aurais voulu céder ma place à personne en un temps de crise et de danger, me semblerait peu agréable à habiter en un temps de calme et de paix.

Après cinq ans et demi de possession, je vois dans cette colonie une multitude de cabaretiers, de cafetiers, de brocanteurs de toutes les façons, mais je n’ai pas encore vu un homme arrivé avec une charrue et l’intention de s’en servir. Aux portes d’Alger, les jardins ne sont pas cultivés, ou le sont plus mal qu’avant la conquête. Je ne comprends pas une colonie sans colons. Les vœux de ma famille, quelques intérêts positifs m’appellent en France, mais il me serait surtout pénible de renoncer à l’espoir de me retrouver sous vos ordres…

Si je faisais l’histoire de la campagne, tout ne serait pas louange et admiration. La marche du Sig sur l’Habra a été très belle ; l’entrée dans les montagnes méritait d’être exécutée en