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Soyez assez bon, mon général, pour agréer l’expression de mes sentimens de respectueuse reconnaissance.

ESTERHAZY.


P.-S. — Ma lettre était terminée, mon général, lorsqu’un courrier extraordinaire, arrivé ce soir, nous apporte la triste et douloureuse nouvelle de la mort de S. A. R. Mgr le Duc d’Orléans : tout le monde est dans la consternation. Je ne vous parle pas de mes sentimens particuliers ; cet événement déplorable augmente mon désir de rentrer en France ; vous apprécierez, mon général, les motifs de ces sentimens.


Le capitaine Cler au général de Castellane.


Cherchell, 30 septembre 1842.

Mon général,

J’ai reçu la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser au commencement du mois d’août. Depuis que je vous ai écrit, mon bataillon est allé bivouaquer dans la tribu des Beni-Menasser, et, pendant un mois, il a travaillé à la route de Cherchell à Milianah. Cette route, toute militaire, ne sera pas directe : elle doit traverser la chaîne de montagnes qui commence au sud de Cherchell ; passer au centre de plusieurs tribus ; couper la belle et riche vallée de l’Oued et Hachem et, en faisant un long détour, arriver à Milianah en touchant au Sahel des Beni-Méred et à la tribu des Riga. Le but qu’on s’est proposé en commençant cette route n’a pas seulement été d’ouvrir une communication entre Cherchell et Milianah, mais bien d’avoir une voie pour se porter rapidement, en cas de révolte, au centre du pays des Beni-Menasser, qui forment la plus puissante et la plus riche tribu de l’ouest de la province.

Pour vous mettre à même d’apprécier, mon général, nos progrès dans ce pays, je vais, en vous priant de m’accorder toute votre indulgence, vous donner le récit d’une petite expédition que nous venons de terminer dans la Kabylie des Beni-Menasser, des Gourayas et autres tribus de Tenès.

Notre expédition n’a été qu’une promenade militaire. Où nous croyions trouver des ennemis armés, nous n’avons rencontré que des tribus heureuses de devenir nos alliées. Nous avions avec