Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/72

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

cultivées, aujourd’hui usées par le temps, déchirées par les eaux pluviales, et ne présentant plus que des flancs désolés.

Les petites vallées qui séparent ces chaînes de montagnes sont larges. Les plus longues ont à peine cinq ou six lieues ; aussi elles ne conservent, pendant la saison sèche, qu’un faible filet d’eau. Dans la saison des pluies, le cours d’eau se change en un torrent qui, n’ayant pas un lit encaissé, ravage ses rives et atteint quelquefois une largeur de deux et trois cents mètres. Ces cours d’eau étant peu profonds, leur lit, pendant six mois de l’année, peut servir de voie de communication pour l’exploitation des bois des montagnes, et si quelques hardis colons essayent plus tard de cultiver leurs rives, la terre ne sera point ingrate, elle leur rendra au centuple leur première mise.

Pour revenir à Cherchell, la colonne a suivi, pendant deux jours, le rivage de la mer. Le Kabyle avait là une terre généreuse, mais, n’étant ni pêcheur ni commerçant, il a préféré les ravins de ses hautes montagnes qui lui ont offert et un asile sûr et des pâturages pour ses troupeaux. Les Romains, ces anciens maîtres du pays, ont agi différemment, et si l’on rencontre rarement les traces de leur passage dans les montagnes, sur les rivages de la mer on trouve à chaque pas les débris de leurs gigantesques monumens. Ce sont les ruines de ponts, d’aqueducs, de voies et de ports, les vestiges de villes, de maisons fortifiées et de phares, et, encore debout, de vastes citernes.

Pardonnez-moi, mon général, d’abuser ainsi de votre complaisance ; ayant une existence assez solitaire, je suis réduit, quand je ne suis pas en course, ce qui m’arrive rarement, à repasser les observations que j’ai pu faire pendant mes excursions. En agissant ainsi, je ne m’abrutirai pas complètement pendant mon séjour en Afrique et j’en rapporterai quelques souvenirs. Peut-être aussi, mon général, lirez-vous avec plaisir ces détails sur un peuple à peine connu, même de l’armée d’Afrique, qui, depuis cette année seulement, a osé entrer dans la Kabylie qu’elle n’a vue qu’en courant. Avant l’expédition pacifique que je viens de vous retracer, nous n’avions vu les habitans de ce pays qu’à portée de fusil.

Il y a, je vous l’assure, dans la nature primitive du Kabyle, plus de bon que de mauvais. Premiers habitans du nord de l’Afrique, ils furent conquis et non subjugués par les Numides, les Carthaginois, les Romains, les Vandales et les Arabes. Au