Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 145.djvu/74

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c’est une malheureuse conclusion, car il est à craindre que cela ne finisse absolument rien. Qu’est-ce, en effet, avec des Barbaresques, qu’une paix sans garanties et sans cautions ? Qui peut répondre qu’Abder-Rahman tiendra sa parole et, quand il la voudrait tenir, qui peut assurer qu’il le pourra ? Il est vrai que ce n’est pas au Maroc, mais à l’Angleterre que nous avons cédé : Dieu veuille qu’on n’ait pas à s’en repentir !

Le Duc d’Aumale nous a quittés, le 6 au soir, se dirigeant sur Alger : il est arrivé ici le 4, et a passé quarante-huit heures avec nous. Il s’est montré comme toujours affable, distingué, charmant ; il ne se contente pas d’être Prince, il est avant tout un homme remarquable. La province entière le regrette, parce qu’elle l’a apprécié à l’œuvre, parce qu’elle sait le bien qu’il a voulu faire, celui qu’il a fait, celui qu’il a essayé d’opérer. L’opinion en France n’a pas rendu à M. le Duc d’Aumale la justice qu’il mérite et qu’on lui rend hautement ici. On a fait grand bruit de l’incident de Biskra ; mais ce qu’on ne dit pas, c’est qu’après tout, ses expéditions dans le sud ont été couronnées d’un plein succès ; qu’il y a pacification générale ; que le commerce, habilement attiré à Constantine, a commencé à en prendre la route ; que le Prince a jeté les bases d’une excellente organisation des indigènes, qu’il a fait des projets de magasins d’abondance ; qu’il a tâté tous les besoins du pays et a indiqué ce qu’il y avait à faire ; qu’il a mis en train les travaux de la route de Constantine à la mer et qu’il s’est enfin montré en tout et sur tout un excellent administrateur ; il a donné la mesure de ce qu’il ferait ayant les bras déliés. Il serait fâcheux qu’on eût d’autres idées en France, car voilà le vrai ; et je vous certifie, mon général, que si, en plaçant M. le Duc d’Aumale à Constantine, on a voulu l’essayer comme administrateur, il a parfaitement réussi auprès des gens sérieux. Il est vrai que l’opinion ne se forme pas en général d’après ceux-ci.


Le sous-lieutenant Pierre de Castellane, à son père le général de Castellane.


Bel-Assel, 25 septembre 1845.

Vous recevrez à la fois deux lettres de moi, mon cher père, une où je vous annonce que je suis intact et bien portant, celle-ci où je vais vous donner quelques détails sur nos affaires des 19,