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Une tragédie de M. Sudermann


L’œuvre nouvelle de M. Hermann Sudermann était célèbre avant d’arriver à la scène ; et ce n’est point sans difficultés qu’elle a fini par être représentée : car l’idée de voir monter sur les planches des personnages de la légende sacrée inspirait en haut lieu, dit-on, de vives répugnances. Pourtant, l’interdiction prononcée d’abord fut levée, et le public allemand put applaudir, — il ne s’en fit pas faute, — une tragédie en cinq actes et en vers, bien différente des précédens ouvrages de M. Sudermann. Je dirai tout d’abord qu’elle est, à mon avis, une brillante revanche sur les Morituri, dont j’ai dû constater ici même les singulières faiblesses. M. Sudermann est un écrivain inégal, — comme le sont d’ailleurs presque tous les écrivains, ou du moins ceux dont la production est abondante. Il a souvent des conceptions hardies et fortes, que l’exécution n’atteint pas toujours, bien qu’il soit très maître de son « métier ». On est parfois tout près de l’admirer, quand un je ne sais quoi vous arrête et vous met en méfiance ; puis, au moment où on va cesser de le suivre, il vous reconquiert ; et c’est ainsi qu’il marche d’œuvre en œuvre, très discuté, très discutable, ayant des amis chaleureux et des adversaires résolus, maltraité par une partie de la critique, encensé par l’autre, connaissant ainsi, j’imagine, ce qu’il y a de meilleur et de plus amer dans la célébrité. Ce perpétuel « ballottage » est assez particulier, en un temps où le public et la critique ont bientôt fait de coller sous les noms en vue une étiquette qui les définit sommairement et les classe immuablement, une étiquette aussi catégorique que celle du pharmacien, qui porte « poison » ou