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REVUE MUSICALE


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l’ancienne salle du conservatoire


In memoriam loci electi !


Pour des raisons de prudence que l’horreur d’un récent désastre ne permettait pas même de discuter, la Société des Concerts a dû quitter la salle du Conservatoire. Elle s’est transportée dans la salle de l’Opéra, et, jusqu’à la construction des nouveaux bâtimens de notre école de musique, elle continuera de s’y réunir. Pour l’illustre compagnie, ce n’est, dit-on, que l’exil. Soit, et je veux espérer que ce ne sera pas la mort. Il semble pourtant, il est même certain que quelque chose, et quelque chose de grand, vient de finir. Dans la vieille et glorieuse maison les exilés ne rentreront plus. Il est muet pour toujours, le nid harmonieux qui vit éclore, il y a soixante-dix ans, les neuf chefs-d’œuvre, alors ignorés, qui dominent aujourd’hui la musique tout entière. Soixante-dix ans, un peu moins de trois quarts de siècle. On a peine à croire qu’il n’ait pour nous que cet âge, l’homme qui nous apparaît déjà comme un ancêtre, presque comme un dieu, là-bas, à l’origine d’un monde.

La voilà vide et veuve de lui, cette salle, j’allais dire cette arche, où jadis il rendit ses premiers oracles. Il est juste, il est pieux de la saluer une dernière fois, à la veille de sa ruine. J’écris ces pages dans la Bibliothèque du Conservatoire, tout près et contre la porte close du sanctuaire abandonné. Il n’y a derrière cette porte qu’une modeste enceinte, quelques pierres et quelques cloisons de bois. Mais dans ce peu de matière l’âme pure des sons a chanté. Entre ces minces parois, merveilleusement sonores, un long miracle de parfaite beauté s’est