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Rhin serait l’objectif le plus prochain de « l’oiseau de proie récemment couronné », et la revanche de Waterloo, la pensée constante de son règne.

Comment, au surplus, les étrangers ne se seraient-ils pas alarmés ? Les Français ennemis de l’Empire ne cessaient de les exciter à la terreur. Victor Hugo, à Bruxelles, mettait si peu en doute l’invasion de nos troupes, qu’il engageait patriotiquement les Belges à les égorger. « Oui, s’il arrive à vos frontières, cet homme, déclarant la Belgique pachalik, oh ! levez-vous, Belges, levez-vous tous ! recevez Louis Bonaparte comme vos aïeux les Nerviens ont reçu Caligula ! courez aux fourches, aux faulx, aux socs de vos charrues ; prenez vos couteaux, vos fusils, vos carabines ; sonnez le tocsin, battez le rappel, faites la guerre des plaines, la guerre des murailles, la guerre des buissons ; luttez pied à pied, défendez-vous, frappez, mourez [1] ! » Guizot écrivait à Aberdeen : « Il ne renoncera pas plus à la limite du Rhin qu’il n’a renoncé au coup d’Etat. Il se taira, il attendra ; mais il persistera [2]. » Thiers tenait le même langage. Emile de Girardin, exposant à Cobden, non la politique réelle de l’Empereur, — quelle qualité avait-il pour le faire ? — mais celle qu’à son avis il aurait dû suivre, lui disait : « La France devrait étendre sa frontière jusqu’au Rhin, prendre la Belgique ; après cela, l’Empereur pourrait accorder la liberté politique à ses sujets. » Certains serviteurs du Prince, qui vivaient à » côté de lui, sans se douter de ce qu’il pensait, contribuaient aussi par leurs vanteries à tromper l’opinion publique de l’Europe.


IV

La première explosion de l’alarme générale eut lieu en Angleterre. Derby, le chef du ministère tory qui avait succédé à Russell renversé par Palmerston, en perdit le bon sens. La crainte d’une invasion devint son cauchemar. A la veille de la proclamation de l’Empire, il écrivait à son ministre des Affaires étrangères, Malmesbury : « La guerre avec l’Angleterre est non seulement souhaitée par le Président, mais rendue inévitable par sa position ; une fois l’Empire établi et les feux d’artifice éteints, un débarquement en Angleterre lui sera imposé par les aspirations des Français et l’ardeur de l’armée. « Comment en douterait-il ? Lord

  1. Discours à Anvers, 1er août 1852.
  2. 9 mars 1852.