Page:Revue des Deux Mondes - 1898 - tome 146.djvu/66

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commissariat et les munitions de guerre. Cobden, révolté de tant d’aberrations, répète inutilement dans la presse et dans les réunions publiques ce que Malmesbury avait dit dans le conseil. Pour toute réponse, on représentait dans des caricatures notre courageux défenseur avec de longues oreilles d’âne.

Cependant, Cobden, malgré ses oreilles d’âne, finit par l’emporter. On se lassa d’attendre sur le rivage, armé de pied en cap, des forbans qui ne se montraient pas. Derby lui-même, rassuré par les rapports de son ambassadeur à Paris, Cowley, reconnut l’Empire dans la forme habituelle, sans notifier le protocole menaçant préparé avec Nicolas. La Cité de Londres, c’est-à-dire le commerce et l’industrie, envoya par une députation une adresse de confiance à l’Empereur. Et la grotesque panique cessa.

Après quoi, l’apaisement se fit en Europe. Mais le sentiment d’où la panique anglaise était née continua à couver sourdement. Dès que l’Empereur fit une entreprise, il se ralluma et, en Angleterre comme en Allemagne, on demeura convaincu, quelle que fût la cause qui lui mît les armes à la main, que son véritable dessein était sur la Belgique et sur le Rhin. Presque toujours, sous la menace d’une coalition, il fut contraint de tergiverser avant et de s’arrêter à mi-route après. On en vint même à lui attribuer tout ce qui se passait dans le monde. Lorsque Bismarck revint de Paris après avoir vu l’Empereur pour la première fois (1855), le roi lui demanda ce qu’il en pensait. « L’Empereur, répondit-il, a ce malheur que toute calamité qui arrive quelque part, en Tartarie ou en France, est portée à son compte ; qu’il se passe n’importe quoi, on y met son nom ; et si le temps est mauvais en Chine, c’est l’empereur Napoléon qui en est cause. »


V

L’incohérence apparente qui a permis d’accuser la politique de l’Empereur de duplicité, malgré son habituelle bonne foi, tient au conflit sourd qui exista presque constamment entre ses diplomates et lui.

Ceux qui se sont beaucoup servis de la diplomatie en ont parlé sans enthousiasme. « La diplomatie, a dit Guizot, abonde en démarches, en propos sans valeur qu’il ne faut ni ignorer, ni croire. » Bismarck est plus sévère : « Personne, pas même le plus malveillant des démocrates, ne se fait une idée de ce qu’il y a de nullité