Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/276

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consens, pourvu que vous permettiez à Mme Quentin de m’informer au retour de M. le duc de Bourgogne que cela peut être, et ensuite que cela est [1]. »

Il ne semble point que ces reproches indirects fussent justifiés. Nous lisons en effet, à la date du 7 mai 1701, dans le Journal de Dangeau : « Le Roi étant le matin au conseil, à son ordinaire, la duchesse de Lude demanda à lui parler, le Roi la fit entrer. Elle dit à Sa Majesté qu’on avoit vu au réveil de Mme la duchesse de Bourgogne qu’elle étoit présentement en état d’avoir des enfans, de quoi le Roi fut fort aise. » A partir de cette communication en plein conseil, il ne se passe guère de mois que Dangeau ou même le Mercure ne nous informent des espérances que donnait la princesse, espérances qui étaient toujours suivies de déception. Vainement on lui imposait des précautions. On lui faisait éviter en voiture les routes pavées ; on la conduisait au pas. On la transportait en bateau de Corbeil à Fontainebleau. Son jeune âge et peut-être aussi ses propres imprudences étaient cause que sans cesse elle « se blessait, » suivant l’expression du temps. Les perpétuelles incertitudes où elle tenait le public donnèrent même lieu à un couplet assez malicieux [2] :

Elle-même sur ce sujet,
Ignorant tout ce qu’on décide,
Au médecin conta le fait
D’une voix tremblante et timide,
Lui disant mille fois tout bas :
La suis-je ou ne la suis-je pas ?

Elle la fut décidément à la fin de 1703, et le régime sévère qu’on lui imposa réussit à la préserver d’un nouvel accident. La grande affaire était de l’empêcher de danser. Le 1er février 1704, la marquise d’Huxelles écrivait à son ami M. de la Garde : « Le Roy va passer le carnaval à Marly où l’on ne dansera point, parce que M me la duchesse de Bourgogne seroit au désespoir de voir danser et de n’en pas être [3]. » Une complication sur la nature de laquelle

  1. Lettres du Maréchal de Tessé, publiées par le comte de Rambuteau, p. 3, 5, 23. Mme Quentin était première femme de chambre de la duchesse de Bourgogne.
  2. Nouveau Siècle de Louis XIV, t. III, p. 133.
  3. Il existe à la Bibliothèque du Musée Calvet à Avignon, cataloguée sous les numéros 1419 à 1421,une très intéressante correspondance de la marquise d’Huxelles avec le marquis de la Garde. Cette correspondance s’étend de l’année 1704 à l’année 1712. Quelques fragmens en ont été publiés en note du Journal de Dangeau et par M. Edouard de Barthélémy dans son ouvrage : La Marquise d’Huxelles et ses amis. Par l’obligeant intermédiaire du bibliothécaire du Musée Calvet, M. Labaude, nous avons fait relever tous les passages concernant le duc et la duchesse de Bourgogne, et nous en ferons parfois usage.