Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 153.djvu/580

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Victor-Emmanuel, disait un de ses aides de camp, le général Solaroli, avait en habileté seulement le quart de ce qu’il a en courage, il serait le premier général du monde ; mais il n’a ni mémoire, ni coup d’œil, ni activité ; sa qualité est d’exécuter promptement ce qu’il vient de comprendre [1]. » Della Rocca, le chef de l’état-major, en contact journalier avec Napoléon III, parle de celui-ci bien différemment : « J’ai dû toujours admirer et louer la promptitude de ses conceptions, sa clarté à les exprimer, son énergie à les exécuter. En lui, aucune de ces douloureuses hésitations dans le commandement qui, en 1848 et 1849, nous firent perdre le temps et l’occasion. Si on ne peut lui reconnaître le génie de son grand-oncle, génie absolument extraordinaire, on ne pouvait lui refuser le coup d’œil, l’intuition et la science militaires. Aussi ne puis-je attribuer les erreurs qu’il a commises onze ans après qu’à un état de maladie avancé qui enleva à son esprit la vigueur que son corps avait perdue [2]. »

Nos généraux jugeaient de même. « Si, dans cette guerre, m’a écrit le maréchal Lebœuf, que j’interrogeais sur la capacité militaire de l’Empereur, il a parfois manqué d’audace, il a fait preuve d’un jugement réfléchi très droit, et l’habile conception du plan de campagne lui appartient tout entière. Se méfiant de lui-même plus qu’on ne l’a cru et moins personnel qu’on ne l’a dit, il recherchait trop en apparence les conseils souvent contradictoires, sans laisser deviner son propre avis. Mais, après les avoir écoutés, il sut toujours prendre le meilleur parti et y persister. Cette facilité d’entretenir l’Empereur a autorisé quelques-uns de ses généraux à se donner le mérite d’avoir conseillé telle ou telle opération réussie ; les partis ont exploité ces propos, et l’opinion publique n’a pas accordé à l’Empereur toute la part qui lui revient légitimement dans le succès de la campagne. »

Cette campagne n’a pas été moins glorieuse pour notre armée, et il est douloureux de lire qu’elle commence à prouver sa décadence. Elle ne fut jamais plus magnifique ; jamais elle ne déploya plus splendidement ses qualités de vigueur, d’élan, de solidarité, d’irrésistibilité ; elle se montra vraiment la première armée de l’Europe. Ses chefs ont été une pléiade de héros. Il est facile aux stratèges de cabinet de prétendre qu’à telle ou telle heure, ils ont commis telle faute. Quand on les suit par la pensée au milieu de

  1. Castelli, Ricordi, p. 309.
  2. Autobiografia, t. Ier, p, 427.