Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 155.djvu/963

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maintien de la paix. Depuis plusieurs semaines, sinon même depuis plus longtemps, il était clair que le gouvernement britannique avait résolu la guerre. Comment expliquer, sans cela, le retard qu’il a mis, après avoir reçu la dernière note de M. Kruger, à envoyer à Pretoria celle qu’il a lui-même annoncée comme devant contenir ses revendications définitives. Personne, en effet, n’admettra que les idées du gouvernement de la Reine ne soient pas sur ce point parfaitement arrêtées, et il n’aurait pas fallu quinze ou vingt jours, mais seulement quelques heures pour les mettre sur le papier. Évidemment, le cabinet de Londres savait que ses prétentions ne seraient pas admises, parce qu’il avait l’intention de les rendre inadmissibles, et c’est un véritable ultimatum qu’il préparait lorsqu’il a été surpris par celui de M. Kruger. Si le gouvernement anglais temporisait, c’est qu’il n’était pas prêt, et qu’il voulait choisir son heure. Le gouvernement transvaalien, au contraire, est prêt depuis plusieurs jours déjà, et il ne pouvait que perdre à attendre davantage : c’était du répit qu’il donnait à ses adversaires pour mieux se préparer et se fortifier.

On a même été un peu étonné que les Boërs aient attendu aussi longtemps. Craignaient-ils de paraître les provocateurs, et de s’exposer ainsi à voir l’odieux de la guerre retomber sur eux ? « Entre les sociétés, a dit Montesquieu, le droit de défense naturelle entraîne quelquefois la nécessité d’attaquer, lorsqu’un peuple voit qu’une plus longue paix en mettrait un autre en état de le détruire, et que l’attaque est dans ce moment le seul moyen d’empêcher cette destruction. Il suit de là que les petites sociétés ont plus souvent le droit de faire la guerre que les grandes, parce qu’elles sont plus souvent dans le cas de craindre d’être détruites. » Ce passage s’applique parfaitement au Transvaal. S’il prend l’offensive, tout le monde sait bien que c’est parce qu’il était sûr d’être attaqué un peu plus tard, et non pas dans une pensée d’ambition qui ne lui sera certainement prêtée par personne. Son existence même est en péril, et il est douteux qu’il parvienne à la sauver. Tout ce qu’il peut espérer en prenant les devans est d’obtenir quelques succès immédiats, qui serviront de consolation à sa défaite ultérieure, à peu près inévitable. Les prévisions humaines ne permettent pas du moins d’attendre autre chose : il est vrai qu’elles ont été quelquefois trompées par les événemens. Une grande atrocité va être commise au nom de la civilisation. L’opposition libérale en Angleterre n’a pas rempli tout son devoir, peut-être parce qu’elle est divisée, peut-être aussi parce que, n’ayant trouvé aucun appui sérieux dans l’opinion elle s’est sentie, dès le premier moment, découragée. Son intervention