Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 156.djvu/116

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si la nation elle-même pouvait le faire en se réunissant sur la place publique. Ce n’est donc pas par la proportion variable des députés, proportion qui dépend toujours de la grandeur du pays, ce n’est pas à cette proportion, dis-je, que tient le système représentatif… Vous ne rendriez pas un grand pays plus libre en doublant le nombre de ses représentais : vous établiriez la confusion, les factions, la division dans son corps législatif, et, comme tous ces malheurs amènent le despotisme, en ayant augmenté la proportion des députés, vous auriez détruit l’objet de la représentation, c’est-à-dire que la volonté du peuple aurait cessé d’avoir des représentons dans le corps législatif. » 11 faut donc réduire le nombre des députés, et par cela même vous aurez réduit l’esprit de faction qui anime une assemblée trop nombreuse.

N’est-il pas intéressant de voir qu’en 1798, les maux dont souffrait la République naissante étaient ceux-là mêmes dont nous nous plaignons aujourd’hui ? Et faisons-nous autre chose que d’exprimer, cent ans après Mme de Staël, les critiques qu’elle adressait déjà au régime parlementaire de son temps ?

Mme de Staël admet la nécessité de deux Chambres, répondant à deux grands courans, à deux tendances qui se partagent le monde : le besoin d’acquérir et celui de conserver : « La génération au milieu de la vie, la génération qui débute dans la carrière, les esprits innovateurs, les caractères tranquilles se partagent tous entre ces deux intérêts. » Le Conseil des Cinq-Cents et le Conseil des Anciens représenteront ces deux tendances. On respectera la liberté des élections, car c’est « l’arche du Seigneur du gouvernement représentatif. » Les Cinq-Cents seront élus par le peuple. Quant au Conseil des Anciens, il devient, dans la pensée de Mme de Staël, une institution destinée à fixer l’esprit républicain en France ; il doit jouer le rôle du pouvoir modérateur dans l’Etat et défendre la liberté contre les entreprises de la tyrannie. Il se compose de membres nommés à vie, sans condition d’âge ; les « amis des idées nouvelles, » les sa vans, les « guerriers fameux » y prendront place. Comme devait l’être le Sénat de Napoléon, il sera le refuge des anciens révolutionnaires assagis, à qui l’on donnera « une place honorable » dans l’Etat et qui deviendront les plus fermes soutiens d’un régime où ils trouveront honneurs et profit. C’est ainsi que Napoléon, reprenant l’idée de Mme de Staël, fit des anciens conventionnels, qui avaient voté la mort du roi, des préfets, des conseillers d’Etat, des sénateurs ;