Page:Revue des Deux Mondes - 1899 - tome 156.djvu/31

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jusqu’à l’estuaire du Hoang-ho. Sur tout l’orient du Thibet, sur tout le sud de la Chine, les rameaux détachés de l’énorme plateau, comme d’une main aux multiples doigts, s’épanouissent en éventail, tantôt rampant jusqu’à la mer en chaînes allongées et minces, tantôt s’élargissant en plateaux comme celui du Yun-nan, ou encadrant des plaines merveilleusement riches et fertiles comme celles de Se-tchouen. C’est au pied méridional de ce formidable empâtement de montagnes que le Fleuve Rouge étale son delta ; mais, tandis que le plateau se termine sur le Yang-tsé et sur les vallées de la Birmanie par des falaises à pic, il tourne ses pentes les plus accessibles du côté du Fleuve Rouge. Interposé comme un gigantesque tampon entre notre domaine et la riche vallée du Yang-tse, le Yun-nan est la forteresse naturelle où s’est arrêtée la domination des Célestes. Qui est maître de cette citadelle commande toute la Chine méridionale, la haute vallée du Yang-tsé et le cours supérieur de tous les grands fleuves qui descendent au sud ou à l’est vers l’Indo-Chine ou vers la Chine ; de là l’importance capitale du Yun-nan au point de vue du commerce comme au point de vue politique ou militaire ; s’il tombait entre les mains d’une puissance européenne, toute sécurité disparaîtrait pour le Tonkin : sa respiration serait coupée.

Le Kouang-toung s’étend le long de la mer en une longue bande côtière. Tout l’orient, arrosé par le bas Si-kiang, a son centre vital à Canton et dans la ville anglaise de Hong-kong ; la partie occidentale seule est voisine de nos possessions et entretient avec elles des relations suivies par le port très fréquenté de Pakhoï. Séparé de la mer par le Kouang-toung, le Kouang-si est une province montagneuse, pauvre, mal peuplée. La branche supérieure du Si-kiang arrose quelques cantons moins hérissés de hauteurs, mieux cultivés, qui sont dans la zone économique de Canton et qui y envoient, par Ou-tchéou, leurs marchandises. La vallée du Yeou-kiang, parallèle à la frontière du Tonkin, est étroite, inculte, coupée de massifs montagneux, parsemée çà et là de rares bourgades peu commerçantes, dont la population vit, sans besoins et sans activité, sur un sol sec et ingrat. Nan-ning-fou, avec ses 60 000 habitans et son commerce annuel d’environ 16 millions de francs, est le plus grand centre de la région ; c’est un relais important sur la route commerciale de Pakhoï au Yun-nan. Une partie des marchandises, descendant des hauts plateaux, suivent en effet le cours du Yeou-kiang par Pé-sé et Nan-ning, jusqu’à ce qu’elles