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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




31 mai.


La rentrée des Chambres a été très agitée : venant quelques jours après les élections municipales, elle devait inévitablement se ressentir de ce voisinage. On sait déjà ce qu’avait été le premier tour de scrutin à Paris. Il avait fait entrer au Conseil municipal une dizaine de nationalistes, et on avait vu là, à très bon droit, une protestation contre la politique du gouvernement. Le deuxième tour de scrutin a été plus significatif encore que le premier : après celui-ci, on avait parlé de défaite ministérielle ; après le second, il a fallu parler de débâcle. Toutes les écluses avaient été rompues par la violence du flot. Que ce flot emporte avec lui des élémens un peu mêlés, nous l’avons dit. Le nationalisme attend encore sa définition véritable et ne la recevra que des événemens. Mais, si nous ignorons ce qu’il sera demain, nous savons très bien ce qu’il est aujourd’hui : il est une explosion de mécontentement. Tous ceux qui ont été froissés dans leurs sentimens ou qui ont souffert dans leurs intérêts par suite de la politique étroite, violente et sectaire que le ministère actuel n’a pas inventée, mais qu’il a portée à son point le plus aigu, se sont servis du nationalisme comme ils se seraient sans doute servis d’autre chose, pour protester contre une politique qui leur était odieuse.

À Paris, ils ont été légion.

Les nationalistes s’attendaient bien à enlever quelques sièges à l’Hôtel de Ville, une douzaine peut-être, un peu plus ou un peu moins ; mais leur optimisme n’allait pas jusqu’à la trentaine, et c’est à peu près à ce chiffre qu’ils ont atteint. Unis aux conservateurs, ils forment aujourd’hui la majorité du Conseil municipal. C’est là ce que personne n’aurait osé croire avant l’événement, et ce qui, même après, a déconcerté, à la fois vainqueurs et vaincus, — les seconds surtout, comme on peut le croire. L’échec de M. Lucipia, l’ancien président du Conseil municipal, a été particulièrement remarqué. M. Lucipia avait joué un rôle sous la Commune. Il avait eu la vie la plus accidentée. Il repré-