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celle que l’industrie du cuisinier leur impose avant de les présenter à notre sensualité : c’était une coction (pepsis) et l’estomac était une manière de marmite. Pour Galien, et plus tard pour Van Helmont, l’estomac était une cuve ou un fût ; l’aliment y subissait une dénaturation analogue à celle qu’éprouve le raisin dans le récipient où bouillonne la vendange, c’est-à-dire une fermentation ; et il faut reconnaître que cette supposition est, de toutes, celle qui s’accorde le mieux avec la réalité. Une troisième opinion, celle de Plistonicus, et plus tard de Cheselden, rapprochait la digestion de la (putréfaction naturelle, qui envahit les alimens abandonnés à eux-mêmes.

Pour une autre école, qui ne voyait partout que des phénomènes purement mécaniques, c’était une simple attrition, un broyage et un brassage, qui changeaient la masse alimentaire en une pâte plus ou moins homogène. Telle était la façon de voir de Borelli, de Boërhaave, et, en général, de ceux que l’on a appelés les iatro-mécaniciens pour indiquer qu’ils réduisaient la médecine à la mécanique.


Telles furent les vues des anciens à propos de l’estomac. — Voici maintenant celles des modernes. La période nouvelle s’ouvre en 1667. Cette année-là, il s’éleva dans l’Académie del Cimento, à Florence, une discussion célèbre qui plaça la question sur son véritable terrain, le terrain expérimental. Il s’agissait de décider si la digestion était une simple opération mécanique, comme prétendaient les iatro-mécaniciens avec Borelli ; ou, si c’était une dénaturation plus profonde, accomplie par une espèce d’eau-forte, — le suc de l’estomac, — comme le prétendait Vallisnieri. La solution de ce dilemme entre l’action chimique et l’action mécanique resta en suspens. Elle fut apportée, seulement dans le siècle suivant, par les expériences bien connues de Réaumur, en 1752, et celles de l’abbé Spallanzani, en 1782. Réaumur conclut de ses études que la digestion était une opération tantôt mécanique, — chez les oiseaux granivores, par exemple, — et tantôt chimique, par exemple chez les oiseaux carnassiers. Mais Spallanzani, corrigeant cette vue, montra que la digestion était toujours, à la fois chimique et mécanique, et que les deux ordres de phénomènes s’y unissaient intimement. L’Académie des Sciences de Paris fit faire un nouveau pas, décisif, à la physiologie de la digestion en proposant son étude comme sujet de prix, en 1823. A son appel répondirent les remarquables mémoires de Tiedemann et Gmelin et de Leuret et Lassaigne. Un peu plus tard, en 183i, l’accident célèbre du Canadien Alexis Saint-Martin permit au