Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/320

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époux dans quelque monde céleste, l’interpelle soudain en donnant les signes de la plus vive émotion. Elle lui désigne au loin la Terre, sur laquelle leurs yeux affinés discernent les moindres détails des objets : « Vois, dit-elle, vois, ceci est la Terre, et là-bas, entre deux forêts, se cache notre village natal. » Par cette belle matinée du mois de mars, la futaie se dresse chauve encore, mais les champs sont labourés déjà, et sur le sentier qui conduit vers le hameau, à travers les prairies, s’avance un jeune homme en tenue de fiancé, dans lequel Oswald se reconnaît lui-même. Voici la petite maison de son beau-père, au bord du ruisseau ; bientôt un cortège nuptial se dirige de là vers l’église, conduit par la fiancée, la douce, l’inoubliable Clara. Puis, la noce quitte le temple, et se rend à l’auberge de la Treille.

Devant ce spectacle, Clara me serra la main avec émotion, et me dit en manière d’éclaircissement :

Tout événement qui s’est produit en un point de l’espace peut être encore aperçu après des milliers d’années, à une distance toujours plus grande de son point d’origine, et quand même cette origine aurait disparu depuis longtemps. Par une chance favorable, à la distance où nous nous trouvons actuellement de la terre, les vibrations lumineuses émanées de cet astre nous apportent précisément aujourd’hui le spectacle de cet événement cher à notre souvenir.

Cette possibilité mathématique hante même à tel point l’imagination du poète, que, dans une autre pièce du même recueil, intitulée Nouvelle Rencontre, la même scène se reproduira, presque dans les mêmes termes ; à cela près que Oswald reverra, cette fois, le mariage des parens de sa Clara, auquel il se souvient d’avoir assisté à l’âge de sept ans.

Nous avons insisté sur cette originalité comme sur un témoignage frappant des ingénieuses et personnelles réflexions que ses études scientifiques ont suggérées à Wagner. Poursuivies dans l’atmosphère intellectuelle de son époque, elles l’ont amené assez naturellement à des convictions transformistes et font fait adepte du darwinisme, tel qu’il fut prêché à l’Allemagne par le professeur Hœckel, durant le dernier tiers du XIXe siècle. — Toutefois, au sein de la génération déjà mûre à ce moment, cette doctrine ne produisit pas les conséquences amorales, impérialistes et brutales que nous voyons se développer maintenant autour de nous, Elle se maria tout d’abord plus pu moins