Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/370

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remarque, c’est qu’ici ce luxe apparaît dans une cité dont les institutions sont restées démocratiques, et qu’il s’y adapte. On s’en rend bien compte, si l’on compare la ville ionienne à celle de ces capitales qui nous est aujourd’hui le mieux connue, à Pergame. Quand nous avons visité Priène, nous venions d’étudier les ruines de l’Acropole pergaménienne, découverte par MM. Humann et Conze dans la verdoyante vallée du Caïque. Nous avions vu les vestiges d’édifices construits, comme ceux de Priène, dans le goût hellénistique, avec la même recherche de la symétrie et de l’effet monumental. Tout y trahissait l’action du souverain. C’était vraiment la résidence royale, où les monumens, palais, musée, bibliothèque, ex-voto de victoires, racontaient l’histoire de la dynastie. Dans la vallée du Méandre, nous retrouvions encore l’ancienne cité grecque. Les plus beaux édifices étaient destinés à la vie politique et religieuse, ou à l’utilité générale ; c’était le temple, le théâtre, l’agora, où se concentrait toute l’activité publique. En quittant le champ de fouilles, nous pouvions évoquer l’image d’une ville où l’art a servi des préoccupations semblables aux nôtres, où le présent revit d’étrange manière dans le passé. Mais le charme du spectacle que nous avions sous les yeux était assez puissant pour retenir toute notre attention. Le soleil était déjà bas. Les chantiers se vidaient. Les ouvriers, Grecs alertes et Turcs à la démarche lourde, descendaient en groupes pittoresques le sentier qui conduit au village de Kélébech. La ville morte, un instant ranimée, retombait dans le silence, au pied des pentes du Mycale vigoureusement teintées de violet, et la plaine du Méandre, naguère revêtue de chaudes colorations, se noyait dans l’ombre grise, tandis que, bien au delà, du côté de Milet, les cimes claires des montagnes de la Mésogide lui faisaient encore comme une ceinture de lumière.


MAXIME COLLIGNON.