Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/481

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Nous aurions fait quelque chose de plus, et toute notre escadre de la Méditerranée était prête à rejoindre l’amiral Caillard : puis nous aurions élevé une fois encore nos revendications à la hauteur de la démonstration qu’on nous aurait forcés de faire. Le Sultan l’a prévu, car ce n’est pas, tant s’en faut, l’intelligence qui lui manque, et il s’est dépêché d’accorder tout ce qu’il avait jusqu’à ce jour si imprudemment marchandé. Il ne nous restait qu’à obtenir des garanties sérieuses de l’exécution de ses promesses. Cela fait, nous sommes partis de Mitylène. Ceux qui avaient trouvé mauvais que nous y allions ont trouvé encore plus mauvais que nous en revenions si vite. N’ayant pas partagé leur avis sur le premier point, nous ne le partageons pas sur le second. Notre œuvre était terminée, et, si nous avions prolongé notre séjour à Mitylène, nous aurions peut-être été embarrassés plus tard pour nous en aller avec plus d’opportunité.

Ce qui a achevé de déterminer et même de précipiter les résolutions du Sultan, c’est la séance que la Chambre des députés a tenue le 4 novembre et l’ordre du jour qui l’a terminée. On lui avait dit qu’une intervention qui se présenterait à la Chambre sous les espèces et apparences de Tubini et de Lorando ne manquerait pas de produire sur elle une détestable impression, et qu’il y avait beaucoup à attendre de cette impression. En effet, elle n’a pas été très bonne, et M. le ministre des Affaires étrangères aurait bien fait de glisser rapidement sur des créances qui, au point où l’on en était, ne devaient plus occuper dans le débat qu’une place subsidiaire. « Il faut, avait dit M. Denys Cochin, que les engagemens pris envers des Français soient tenus. Est-ce le cas ? Je n’ai pas à le rechercher et ne veux pas faire au gouvernement, en pareilles circonstances, l’énorme injure de douter de la légitimité de la cause. S’il dédaignait de répondre à ce sujet, j’estimerais qu’il a raison. » Le gouvernement n’a pas dédaigné de répondre, et peut-être a-t-il eu tort. L’auteur de l’interpellation, M. Sembat, socialiste révolutionnaire, n’avait rien négligé pour jeter le discrédit sur les créances dont il s’agissait, et la déconsidération sur les créanciers. La réserve de M. Cochin était plus patriotique. Toute cette partie du débat a été lente et pénible. Mais, lorsque M. le ministre des Affaires étrangères a affirmé avec force que tout se tenait et, comme on dit, formait un bloc dans nos affaires d’Orient, affaires privées et affaires publiques, situation des particuliers et situation de la France elle-même ; lorsqu’il a montré l’œuvre entière, si glorieuse et si vaste, que nos pères ont créée et qu’ils nous ont laissée en héritage pour que nous la transmettions intacte à nos propres héritiers, compromise