Page:Revue des Deux Mondes - 1901 - tome 6.djvu/65

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caché le droit, le droit des gens, le droit international public ?

Vaut-il en vérité la peine de déterminer si minutieusement les règles d’acquisition des biens ou les effets du mariage entre individus de nationalité différente, si personne ne bouge lorsque, contrairement aux principes du droit des gens, un Etat déclare, sans remplir les conditions réputées nécessaires, avoir conquis des territoires riches en or et en diamans, grands comme l’Autriche, y compris le Tyrol, la Bohême, la Dalmatie, etc. ; aussi grands que les royaumes de Prusse, de Bavière et de Saxe réunis ; presque aussi grands que la France entière ? Et cependant, toutes les nations devraient tenir, — pour ne point aborder une plus haute question de morale, — à ce qu’on ne puisse pas s’arroger à la légère le droit de conquête. Les conséquences en peuvent être, pour toutes, trop sérieuses, trop redoutables. Si les hommes politiques sont muets parce que la voix de leur intérêt fait taire celle de leur conscience, ou parce que leur impuissance les y contraint, les hommes de science ont le droit et le devoir de parler, de protester contre une telle violation du droit des gens.

Je ne le sais que trop : le droit des gens ne dispose, par lui-même, ni de flottes, ni d’armées pour se faire respecter, mais ce n’est pas à dire qu’il soit absolument sans vertu et sans force. Que nous ne puissions pas grand’chose, ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Au moins, ne jouons pas l’indifférence, ne cachons pas notre opinion, mais déclarons franchement et hautement, au nom du droit et de la justice, que la conquête des deux Républiques sud-africaines, ne répondant pas en fait aux exigences du droit des gens et par conséquent n’existant pas en droit, les proclamations anglaises d’annexion sont et demeurent sans aucune valeur légitime.


Lieutenant Général DEN BEER POORTUGAEL.