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définitif furent remplis d’agitations misérables et de plaintes sans dignité.

Madame était venue le rejoindre avec leur petit troupeau de filles [1]. Cette princesse ne mit point d’animation dans le château. Uniquement occupée de sa santé, elle vivait enfermée, sans autre distraction que de manger du matin au soir, « pour remédier à ses vapeurs, racontait la Grande Mademoiselle, ce qui les augmentait… Elle ne donnait ordre à rien, et ne voyait ses filles qu’un demi-quart d’heure le soir, et autant le matin, et ne leur disait rien, sinon : — « Tenez-vous droites, levez la tête. » Voilà toute l’instruction qu’elle leur donnait. Elle ne les voyait pas le reste de la journée et ne s’informait pas de ce qu’elles faisaient. » La gouvernante des petites princesses se débarrassait à son tour de ses élèves, qui restaient abandonnées aux inférieurs. Leur père ne trouvait rien à redire à ces éducations ; la reine Anne d’Autriche n’avait pas élevé ses fils très différemment. Monsieur était d’ailleurs un époux soumis. Il savait sa femme de bon conseil, et beaucoup plus intelligente que ne l’annonçaient ses gros yeux effarés. — « C’est, disait Tallemant, une pauvre idiote… et qui pourtant a de l’esprit. » Mme de Motteville la jugeait exactement de même. Madame n’était pas aimée, parce qu’elle n’était pas aimable, mais personne ne s’étonnait de son ascendant sur Monsieur.

Leur cour était fort déserte. Au rebours de ce qui s’était produit pour Mademoiselle, leur disgrâce avait été le signal d’un abandon général. Dans les premières années, Gaston se donna la peine de fêter ses rares visiteurs ; il redevenait pour quelques heures le causeur incomparable « qui savait mille belles choses [2] » et trouvait des tours charmans pour les dire. Chapelle et Bachaumont furent reçus au château, à leur passage à Blois en 1656, et remportèrent le meilleur souvenir des dîners du duc d’Orléans.

Là, d’une obligeante manière,
D’un visage ouvert et riant,
Il nous fit bonne et grande chère,
Nous donnant à son ordinaire
Tout ce que Blois a de friand.
  1. Quatre, mais la dernière mourut en bas-âge.
  2. Mémoires de Bussy-Rabutin