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Le « Faust » de Gœthe, ses origines et ses formes successives


Schiller disait, dans une de ses épigrammes, à propos de Kant et de ses interprètes : « Que de mendians un seul riche peut nourrir ! Quand les rois bâtissent, les charretiers ont à faire. » Gœthe n’a pas nourri moins de critiques indigens que Kant, et les charretiers n’ont pas chômé pendant le long espace de temps qu’a duré la publication du Faust. Lui-même éprouvait un malin plaisir à jeter aux commentateurs « un os à ronger, » et il se plaisait même à intriguer ses amis à propos des mystères plus ou moins transparens que contenait son poème. Eckermann lui disait un jour : « Oui, il y a là de quoi exercer la pensée, et un peu d’érudition y est de temps en temps nécessaire. Je suis content, par exemple, d’avoir lu le petit livre de Schelling sur les divinités de la Samothrace et de savoir à quoi vous faites allusion dans le fameux passage de la Nuit classique de Walpurgis. » Et Gœthe lui répondait en riant : « J’ai toujours trouvé qu’il était bon de savoir quelque chose [1]. »

Non seulement Schelling, mais Fichte et surtout Hegel ont été mis à contribution pour l’explication du Faust, et Schopenhauer, le dernier de la grande lignée des philosophes allemands, n’aurait pas manqué d’être invoqué à son tour si le

  1. Conversations d’Eckermann, 15 février 1831.