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REVUE LITTÉRAIRE

LES MANUSCRITS DE DIDEROT


De qui sont les œuvres posthumes de Diderot ? Cette question se trouve aujourd’hui posée, et de la façon la plus irritante, par suite d’une précieuse découverte due à M. Ernest Dupuy. Furetant, il y a quelques années, dans les boîtes des quais, M. Dupuy tombait sur un manuscrit de l’écriture de Naigeon contenant, sauf les dernières pages qui manquent, le texte du Paradoxe sur le Comédien tel qu’il est imprimé dans les plus récentes éditions. Raturé, surchargé, augmenté d’additions marginales, ce manuscrit ne pouvait être ni une simple copie, ni une minute exécutée sous la dictée de Diderot. Il fallait que celui qui en avait tracé les lignes, en eût été non pas seulement le scribe, mais le rédacteur. En d’autres termes, la copie du Paradoxe actuellement conservée à Saint-Pétersbourg et qui jusqu’ici a fait autorité, est la mise au net d’un ouvrage dont le manuscrit trouvé par M. Ernest Dupuy est le brouillon. Afin que nous en puissions juger, M. Dupuy nous met sous les yeux les pièces du procès dans une édition critique du Paradoxe sur le Comédien[1] et nous invite à le suivre dans ses conjectures. C’est, une fois de plus, un chapitre nouveau qui s’ouvre dans l’histoire du texte de Diderot.

Jusqu’à ce jour, on tenait pour admis que le Paradoxe est une seconde version, exécutée par Diderot lui-même, d’un opuscule paru de son vivant, les Observations sur l’art du Comédien, insérées dans la Correspondance de Grimm en 1770. En soumettant les deux versions à une étude comparative, dont on s’étonne que l’idée ne fût encore venue

  1. Ernest Dupuy, Paradoxe sur le Comédien. Édition critique, 1 vol. (Lecène, et Oudin).