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ressent à nos affaires, nous n’avons garde de leur dire que cela ne les regarde pas. En expulsant M. Delsor, et en employant pour cela des termes qui nous rappellent toutes nos tristesses, le gouvernement a blessé en nous des sentimens délicats et profonds. 11 ne s’agit pas ici d’un patriotisme de mauvais aloi. Nous n’aimons pas à faire du patriotisme une arme de parti. Nous n’accusons volontiers personne d’en manquer. Encore moins élevons-nous une protestation inutile, impuissante, et qui serait dès lors déplacée, contre un traité qui porte la signature de la France. Ce n’est pas ainsi qu’on déchire les traités de ce genre. Les Alsaciens ont cessé d’être Français, mais ils sont pour nous des frères. Il est pénible de penser que le sol national a été interdit à l’un d’eux, uniquement parce qu’il porte un habit ecclésiastique. L’expulsion de M. Delsor, venant après toute la campagne d’internationalisme, montre à quel point s’est oblitéré chez nous le sentiment, et même le sens de certaines choses qui étaient précieuses à nos pères et qui sont restées chères à ceux de nous qui ont vu l’Année terrible. La plupart de nos ministes l’ont pourtant vue : en auraient-ils perdu le souvenir? Ils ont frappé au cœur l’Alsace et la France restées fidèles l’une à l’autre dans leurs regrets et leur douleur. Et pourquoi cela? Pour rien : pour mettre un prêtre à la porte et pour s’épargner une critique qu’ils n’auraient même pas entendue. Mais l’Alsace ne s’y trompera pas ; elle ne confondra pas le ministère actuel avec la France ; elle ne doutera pas que celle-ci du moins lui reste amie et hospitalière, et que ses enfans, pour être des « sujets allemands, » comme le dit M. le préfet de Meurthe-et-Moselle, ne sont pas pour elle de simples étrangers.

Francis Gaarmes.

Le Directeur-Gérant,

F. Brunetière.