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LA CORÉE




Les gouvernemens du Tsar et du Mikado ont entamé récemment des négociations extrêmement délicates au sujet de leur position respective en Extrême-Orient. La Russie a occupé la Mandchourie pendant l’automne de 1900. Établie ainsi à Moukden, à Niouchouang et dans toute la vice-royauté de Kirin, elle est devenue limitrophe de la Corée au Yalou, elle a consolidé ses cessions à bail de Taï-lien-ouan (Dalny) et de Port-Arthur, et elle commande les plus courtes routes de terre et de mer qui conduisent à Pékin et à Séoul. Le Japon, cet état de choses menaçant pour l’indépendance et la sécurité de la Chine et de la Corée, s’est mêlé aux pourparlers engagés par la Chine avec la Russie au sujet de l’évacuation de la Mandchourie. Des notes ont été échangées entre Saint-Pétersbourg et Tokio, et immédiatement on a eu partout l’impression que cet incident révélait et exaspérait un antagonisme latent et jusqu’à présent contenu par la procédure des chancelleries.

Il n’en faut pas chercher l’objet en Mandchourie. Sur cette province très éloignée de lui, affligée d’un climat glacial, patrie de la dynastie actuellement régnante à Pékin, le Japon ne saurait élever que des prétentions insoutenables, fondées sur la cession partielle qu’il en avait obtenue au traité de Simonosaki (8 mai 1895), et à laquelle il a renoncé moyennant une indemnité complémentaire de 150 millions, en octobre 1895.

Mais des considérations visant l’équilibre des forces et le respect de conventions, conclues par lui avec la Russie en 1896 et en 1898, lui ont permis d’essayer d’introduire dans le débat, sur le pied de solidarité, la question de ses droits prétendus en Corée. C’est cette « habileté » diplomatique et ses résultats faciles à prévoir que la Russie repousse, et c’est l’insistance du gouvernement mikadonal à en impo-