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le but d’assurer le statu qito et la paix générale eu Extrême-Orient et de maintenir l’indépendance de la Chine et de la Corée, qui doivent rester ouvertes au commerce et à l’industrie de toutes les nations, ont été pleinement satisfaits d’y trouver l’application des principes essentiels qu’ils ont eux-mêmes, à plusieurs reprises, déclaré constituer et qui demeure la base de leur politique. Les deux gouvernemens estiment que le respect de ces principes est en même temps une garantie pour leurs intérêts spéciaux en Extrême-Orient. Toutefois, obligés d’examiner, eux aussi, le cas où, soit l’actiou agressive de tierces puissances, soit de nouveaux troubles en Chine, mettant en question l’intégrité elle libre développement de cette puissance, deviendraient une menace pour leurs propres intérêts, les deux gouvernemens alliés se réservent d’aviser éventuellement aux moyens d’en assurer la sauvegarde.

On aperçoit tout de suite une première différence entre la convention anglo-japonaise et la note franco-russe : c’est que la convention se propose pour but de maintenir l’indépendance de la Chine et de la Corée, tandis que la note ne parle que de la Chine. Nous ne savons pas si le Japon est aujourd’hui partisan aussi absolu de l’indépendance de la Corée ; nous le restons autant qu’autrefois de celle de la Chine. Lïntégrité de la Chine, le Japon en prend la défense contre la Russie ; nous n’avons pas à prendre contre lui la défense de l’indépendance de la Corée, et nous en sommes heureux. Quoi qu’il arrive, en effet, cette indépendance court de grands risques, et elle périra probablement, sous les coups du Japon lui-même, ou sous ceux de la Russie. Mais l’intégrité de la Chine, qui donc la menace ? Elle ne court aucun danger sérieux, et on ne voit pas comment les obligations qui résultent pour nous de la note que nous avons signée viendraient à nous incomber. Supposons le contraire : quelles seraient nos obhgations ? A dire vrai, elles sont nulles, puisque les deux gouvernemens français et russe se sont seulement réservé, dans certaines éventualités, d’aviser à la sauvegarde de leurs intérêts. Nous l’aurions fait quand bien même nous n’en aurions pas pris l’engagement, et dès lors, le seul reproche qu’on pourrait faire à la note est d’avoir été inutile. En politique internationale, il vaut presque toujours mieux s’abstenir de ce qui est inutile. Toutefois la note se trouve avoir aujourd’hui un avantage ; elle aide à dissiper une préoccupation de l’opinion.

On s’est demandé, en effet, si en dehors de la note et antérieurement à elle, notre traité général avec la Russie ne pourrait pas nous obliger à lui donner notre concours en Extrême-Orient. Ici, nous ne pouvons plus répondre avec des documens, puisqu’ils n’ont pas été publiés ; mais cela ne nous empêchera pas d’être aussi affirmatifs sur