Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/88

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union avec le Bien suprême. Tous ses devoirs devenaient ainsi lisibles en Dieu. Il en tirait une paix, une assurance d’autant plus appréciées, qu’il entendait, non loin de lui, la voix d’un philosophe [1] se plaindre « de ce que tout soit mystère, sujet de doute et d’alarme, quand la raison chargée de la conduite de la vie tombe dans l’incertitude sur la vie elle-même, ne sait rien de ce qu’il faut qu’elle sache pour remplir sa mission. » Et en même temps que sa foi lui procurait la vue claire du but, elle lui procurait le point d’appui nécessaire pour l’atteindre, pour écarter les obstacles. Il sentait la nécessité de ce point d’appui et comprenait la portée du vas soli prononcé par Maine de Biran. « Malheur à l’homme qui ne s’appuie que sur lui-même ! » Il comprenait « que, si l’homme le plus fort de raison, de sagesse humaine, ne se sent pas soutenu par une force, par une raison plus haute que lui, il est malheureux, et quoiqu’il en impose au dehors, il n’en impose pas à lui-même. » Ce secours, Montalembert le rencontrait dans la doctrine catholique, où tout est ménagé, prières, sacremens, pour fortifier et élever l’âme. Il le trouvait dans la société religieuse, au sein de laquelle il vivait, dans cette société spirituelle dont le Christ est le centre et le lien, où sa personne vivante se prolonge et subsiste ; société où, d’un bout du monde à l’autre, les âmes se touchent et s’entr’aident ; société qui établit entre les vivans et les morts une circulation de perpétuelle charité et réalise la solidarité universelle ; société à la fois progressive et immuable, combinant ses éternels principes avec les vicissitudes de la vie sociale, pliant la rigueur de sa discipline aux variations des temps et des peuples, reliant et maintenant dans l’unité les Eglises particulières, par l’autorité toujours active et vivifiante d’un chef suprême, associant à une propagation constante au dehors un rajeunissement intérieur qui déconcerte les préventions les plus hostiles. On a pu juger par plus d’une de ses lettres, au cours de la lutte avec Lamennais, à quel point il appréhendait de se séparer de cette société religieuse, de la communauté des fidèles. Il déclarait que rien ne saurait l’y décider. Il avait pu se convaincre déjà de la justesse de cette remarque de Lacordaire, « qu’il n’y a plus de lien nulle part, et que l’Eglise est aujourd’hui la seule société qui subsiste, » remarque qui rencontre

  1. Jouffroy, Mélanges philosophiques.