Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 25.djvu/96

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figure dans laquelle semble s’incarner ce qui nous fait défaut. Les jeunes générations apprendraient de Montalembert à quelles conditions est attaché le triomphe d’une grande cause. En le suivant dans ses luttes quotidiennes, en le voyant pendant des années constamment sur la brèche, payant à toute heure de sa personne, parcourant le pays entier, suscitant les initiatives, emportant les adhésions, groupant, organisant les bonnes volontés, prompt à tirer parti de toute chance de succès, elles constateraient qu’à ce prix aucun obstacle n’est insurmontable, qu’aucun découragement n’est fondé. Instruites par son expérience, elles rendraient de plus en plus justice à l’infatigable champion [1] qui a porté le poids de tant de combats.

Montalembert a dit d’O’Connell, qu’il fut l’un de ceux qui dépensèrent le plus d’efforts pour faire l’éducation politique de leurs compatriotes. Le même jugement s’applique à lui. S’il est quelqu’un qui, par son langage et par sa vie, puisse, aujourd’hui, rendre confiance aux croyans et leur montrer la voie à suivre, c’est bien celui qui les exhortait, il y a quarante ans, dans de mémorables discours, à se préparer aux luttes, inséparables de l’avènement de la démocratie, luttes aussi rudes qu’aux temps barbares, et qui se déclarait à la fois convaincu que, sans subir la moindre altération dans la majestueuse immutabilité de ses dogmes et de sa morale, la religion catholique saurait s’adapter à toutes les transformations sociales ; c’est bien celui qui faisait apparaître dans l’avenir, au milieu des flots vacillans et agités de la démocratie, l’Église seule inébranlable, seule sûre d’elle-même et de Dieu, dégagée de toute solidarité compromettante, retrouvant dans le cœur des peuples la place qu’elle avait occupée jadis, plus puissante peut-être qu’aux siècles où elle partageait le trône des rois et des empereurs, et l’Evangile qu’elle enseigne, et que les humbles et les pauvres ont été, il y a deux mille ans, les premiers à entendre, demeurant, comme toujours, « la grande consolation et la grande lumière du genre humain. »


LEON LEFEBURE.

  1. Un vero campione, selon l’expression de Pie IX.