Page:Revue des Deux Mondes - 1905 - tome 26.djvu/245

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Quoi qu’il en soit, pour un rallié complet au libéralisme, M. Wiston Churchill, presque tous les autres essayaient de conserver un pied dans chaque camp. Ils donnaient cependant des gages sérieux aux libéraux, puisqu’ils les leur donnaient sur le terrain électoral. Le duc de Devonshire, en partant pour l’étranger où il voyage depuis quelques mois, avait formellement conseillé à ses amis de voter pour un radical libre-échangiste plutôt que pour un conservateur protectionniste. Mais les unionistes entendaient naturellement être payés de retour. Ils se rappelaient qu’à la fin de l’année 1903 lord Rosebery avait recommandé l’union contre la Ligue de la réforme des tarifs de M. Chamberlain ; ils espéraient que cette union se traduirait par une entente électorale où libéraux et conservateurs dissidens se prêteraient un mutuel appui. Rien ne paraissait plus naturel que cette espérance, ni plus légitime que le contrat qui semblait devoir en sortir. Mais les libéraux ne s’y sont pas prêtés. Peu de jours avant la rentrée du Parlement, M. Herbert Gladstone, avec une loyauté qu’on ne saurait trop louer, mais peut-être avec une moindre opportunité, a écrit une lettre dans laquelle il annonçait qu’aux élections prochaines les libéraux auraient des candidats dans toutes les circonscriptions : cela devait leur donner le moyen de se compter. M. Herbert Gladstone regardait comme une duperie de voter pour les unionistes dissidens, c’est-à-dire pour des hommes avec lesquels les libéraux n’étaient d’accord que sur un point, pour des alliés d’un jour, pour des adversaires d’hier et de demain. Il est quelquefois dangereux en politique de prévoir les choses de trop loin. Quelles qu’aient pu être les dispositions des unionistes dissidens, la lettre de M. Herbert Gladstone était de nature à les modifier, et c’est ce qui n’a pas manqué d’arriver. Lord Hugh Cecil a pris la parole pour constater que, somme toute, rien ne démontrait que le ministère était devenu protectionniste. Le discours nébuleux de M. Balfour permettait en effet d’entretenir, sur ce sujet et sur plusieurs autres, tous les doutes qui pouvaient offrir quelque commodité. Lord Hugh Cecil concluait qu’il ne voulait pas désespérer du ministère et qu’il voterait pour lui. Les unionistes libre-échangistes disposent de 60 et quelques voix : la majorité du gouvernement a été de 63. Il est possible que M. Herbert Gladstone ait eu des vues d’avenir très justes et qu’il ait agi en homme politique extra-lucide à longue distance ; mais il a certainement contribué à faire perdre aux libéraux la première bataille, la plus importante peut-être, celle qui devait décider si les élections auraient bleu demain, ou si elles seraient remises à une date indéterminée.